Sénégal : vers une trêve politique pour relancer l’économie nationale

Le Sénégal à la croisée des chemins économiques

Trois décennies après l’alternance politique, le Sénégal peine à concrétiser ses ambitions économiques malgré les promesses affichées. Les citoyens, qui espéraient un renouveau après les tensions électorales de 2024, voient leurs attentes s’effriter face à la persistance des divisions partisanes. L’Agenda Sénégal 2050 et le Plan de redressement économique et social (PRES), lancés respectivement en octobre 2024 et août 2025, peinent à se matérialiser. Les projets structurants tardent à émerger, tandis que les querelles politiques monopolisent l’espace public.

La rupture entre le chef de l’État et son ancien Premier ministre a longtemps été pointée du doigt comme un frein majeur à l’action publique. Pourtant, malgré le remplacement de ce dernier, les blocages persistent. Comme le souligne un adage local, « casser le thermomètre ne guérit pas la fièvre ». La polarisation croissante entre le camp présidentiel, renforcé par la création du parti Kiiraye, et l’opposition, qui consolide ses rangs en vue de 2029, laisse peu de place à une vision économique partagée.

L’économie sénégalaise en perte de vitesse

Pendant ce temps, les chiffres de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) révèlent un ralentissement alarmant. Selon les dernières données disponibles pour le premier trimestre 2026, la croissance du PIB réel du Sénégal s’élève à 4,7 %, un niveau bien inférieur à celui de ses voisins de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le pays se classe ainsi parmi les économies les moins dynamiques de la région, derrière le Mali (6,1 %), le Niger (6,1 %), le Bénin (6,4 %) ou encore la Côte d’Ivoire (6,4 %).

Cette baisse de 3,1 points par rapport à la moyenne de 2025 marque un recul spectaculaire, le plus marqué de l’UEMOA. Les investissements directs étrangers (IDE), qui avaient atteint 3,319 milliards de dollars en 2024, se sont effondrés à seulement 37 millions en 2025. Ces indicateurs soulignent l’urgence d’agir pour éviter que le Sénégal ne perde son statut de locomotive économique de l’UEMOA.

Trois leviers pour un rebond économique

Pour inverser cette tendance, trois axes stratégiques s’imposent. Premièrement, restaurer la confiance des investisseurs et des partenaires techniques. La finalisation d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) serait un signal fort, non seulement pour mobiliser des ressources, mais aussi pour rassurer les marchés et les agences de notation sur la crédibilité de la trajectoire économique du pays. Une stratégie de nation branding, mettant en avant les atouts du Sénégal et ses opportunités d’investissement, compléterait cette démarche.

Deuxièmement, faire du secteur privé le moteur de la croissance. Cela implique d’améliorer l’accès au financement, de simplifier les démarches administratives et de renforcer les partenariats public-privé. Les secteurs clés tels que les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, le numérique et les transports devront bénéficier de ces efforts pour impulser une dynamique durable.

Enfin, rationaliser les dépenses publiques. Dans un contexte de marges de manœuvre réduites, la promesse de réduire le train de vie de l’État, inscrite dans le PRES, reste à concrétiser. Les fusions annoncées d’agences et structures d’accompagnement tardent à se matérialiser, alors que chaque jour compte.

Les trois années restantes avant l’élection présidentielle de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique ambitieuse. L’objectif affiché de bâtir « une nation souveraine, juste, prospère et ancrée dans des valeurs fortes » ne sera réalisable qu’à travers des actions concrètes, mesurables et immédiates. Le temps presse, et l’économie sénégalaise ne peut plus attendre.