Le Bénin peut-il devenir une pépite touristique africaine avec 600 milliards fcfa d’ici 2027 ?
Avec un rang en demi-teinte sur l’échiquier touristique continental, le Bénin ambitionne de renverser la table. Le pays, 19ᵉ en Afrique selon l’indice Travel & Tourism Development Index, mise sur un investissement colossal : près de 600 milliards de francs CFA d’ici 2027 pour métamorphoser son secteur. Mais cette stratégie audacieuse suffira-t-elle à transformer les atouts historiques et culturels en un moteur économique incontournable ?
Un pari financier pharaonique pour un secteur en quête de renouveau
Classé loin des premières places africaines, le Bénin affiche pourtant un patrimoine riche, entre mémoires esclavagistes et traditions royales. Pourtant, son classement dans le top 20 continental reflète des lacunes structurelles : infrastructures fragiles, logistique perfectible et offre culturelle parfois sous-exploitée. Face à ce constat, les autorités béninoises ont choisi la voie d’un plan choc, avec une enveloppe de 600 milliards de FCFA réservée à la relance touristique d’ici 2027.
Cette somme, sans précédent, vise à corriger les déséquilibres identifiés par les classements internationaux, en s’attaquant aux maillons faibles du secteur.
Les leviers concrets d’une transformation radicale
Au cœur de cette stratégie, plusieurs axes prioritaires se dégagent. Le gouvernement béninois mise sur des investissements ciblés pour doper l’attractivité des sites emblématiques et des projets culturels majeurs :
- patrimoine et musées : achèvement des projets phares comme le Musée des Rois et des Amazones d’Abomey, le Musée de la Mémoire et de l’Esclavage à Ouidah ou encore le Musée d’Art de Cotonou, avec un accent sur la scénographie moderne et l’accessibilité ;
- circuits touristiques : réhabilitation de la cité lacustre de Ganvié et réactivation de la Route des Esclaves, deux joyaux patrimoniaux aujourd’hui sous-utilisés ;
- infrastructures et services : construction de nouveaux établissements hôteliers, formation des professionnels du tourisme et amélioration des liaisons logistiques pour fluidifier l’accueil des visiteurs.
2030 : Et si le tourisme devenait le deuxième souffle de l’économie béninoise ?
L’enjeu est double : non seulement il s’agit de rattraper le retard accumulé, mais aussi de faire du tourisme un pilier économique durable. Actuellement, le secteur ne représente qu’une part modeste du PIB national. Le gouvernement table sur une contribution de 13 % d’ici 2030, un objectif ambitieux qui pourrait, s’il est atteint, repositionner le Bénin comme une destination incontournable en Afrique de l’Ouest.
Cette ambition s’inscrit dans une logique de diversification économique. En misant sur son patrimoine culturel et naturel, le Bénin cherche à réduire sa dépendance aux autres secteurs et à créer des emplois locaux, notamment dans les zones rurales. Mais ce pari ne tient qu’à une condition : la réalisation intégrale des projets prévus dans les délais impartis.
Entre optimisme et scepticisme : les défis à relever
Si le calendrier et les montants mobilisés suscitent l’espoir, des questions persistent. La réussite de cette mue touristique dépendra de plusieurs facteurs : la rapidité d’exécution des chantiers, la capacité à attirer des investisseurs privés, et surtout, l’engagement des populations locales. Car sans adhésion des citoyens, les plus beaux musées ou sites touristiques resteront des coquilles vides.
Le Bénin a-t-il les moyens de ses ambitions ? Tout porte à croire que la réponse se jouera bien avant 2027, dès les premières évaluations des avancées réalisées. Une chose est sûre : avec un tel engagement financier, le pays ne peut plus se permettre de rester au 19ᵉ rang.
