Gabon : Hugues Ongoundou exhorte à la fin de la vulgarité dans le débat public

Les propos injurieux dirigés contre le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi que sa mère et son épouse, ont provoqué une forte indignation chez Hugues Ongoundou. Dans une déclaration particulièrement incisive, il souligne que sa prise de position ne relève ni d’un soutien au pouvoir ni d’une adhésion à la politique du chef de l’État. Pour lui, s’attaquer à une mère et grand-mère éloignée de la sphère politique, à une épouse, ou aux parents d’un dirigeant public, représente le franchissement d’une limite inacceptable, qui dépasse largement les personnes directement visées. Dénonçant une « insalubrité verbale » et la banalisation de l’obscénité au sein du débat public gabonais, Hugues Ongoundou insiste sur la nécessité de distinguer clairement la liberté de critique de la vulgarité, et annonce son intention d’explorer les recours juridiques possibles.

Les injures proférées à l’encontre de la mère du Chef de l’État, une femme discrète et sans histoire, éloignée de toute activité politique, de même que celles visant son épouse et le Président lui-même, sont d’une gravité exceptionnelle. Je dois l’affirmer : ces attaques m’ont profondément choqué.

Mon intervention ici n’est pas d’ordre politique. Je ne cherche pas à défendre un bilan, une idéologie ou une quelconque affinité avec les instances dirigeantes. Je m’exprime sur un enjeu bien plus fondamental : la dignité, les valeurs et l’essence même de notre nation.

Ce ne sont plus seulement trois personnes qui sont insultées

Lorsqu’une mère et grand-mère, étrangère aux confrontations politiques, est traînée dans la boue par des mots orduriers simplement parce qu’elle est la mère du Chef de l’État, une frontière morale essentielle est violée.

Lorsqu’une femme, épouse et Première Dame, devient à son tour la cible de propos obscènes, ce sont nos propres principes fondamentaux qui sont ébranlés.

Ce ne sont plus uniquement le Chef de l’État, sa mère et son épouse qui subissent ces outrages.

Symboliquement, ce sont toutes nos grand-mères, toutes nos mères, toutes nos femmes, toutes nos sœurs et toutes nos filles qui sont ainsi souillées.

C’est l’image même de notre pays qui est ternie.

Ce sont nos valeurs qui se dégradent.

C’est, au fond, une forme de délitement de l’âme d’un peuple.

Et je pèse chacun de mes mots.

Le symbole est plus grand que les personnes

Au sein d’une nation, certains symboles transcendent les individus. La mère incarne la transmission. La grand-mère représente la mémoire collective.

La femme constitue un pilier essentiel de la famille et de la société. Le père représente également cette lignée de transmission qui unit les générations.

Lorsque ces figures sont publiquement humiliées et transformées en instruments d’insultes politiques, c’est une partie de notre patrimoine moral qui est piétinée.

C’est le symbole de notre pays qui est atteint.

Non pas dans son sens vulgaire, mais dans ce qu’il représente : la force, la droiture, l’autorité symbolique et la capacité d’un peuple à maintenir sa dignité.

Ces dérives sont les symptômes d’un corps national en souffrance

Ce qui vient de se produire ne doit pas être perçu comme un simple écart sur les plateformes numériques.

Ces dérives sont, à mon sens, les indicateurs d’une nation malade, souffrante, en quête de repères. Elles révèlent un affaiblissement progressif de certaines balises morales.

Il fut un temps où le patriotisme, le respect envers les aînés, la considération pour les parents et le sens de l’honneur faisaient partie intégrante de l’éducation civique et de la transmission intergénérationnelle.

Aujourd’hui, une partie de cet enseignement semble s’être évanouie.

C’est la déchéance de la vertu et la prospérité du vice.

Nous assistons à une inversion préoccupante : celui qui insulte devient parfois une figure en vue, celui qui humilie gagne en popularité, celui qui provoque attire plus l’attention que celui qui construit.

Et lorsque l’insulte devient un spectacle, lorsqu’elle se transforme en divertissement, lorsqu’elle est une marchandise médiatique, c’est la vertu elle-même qui finit par être marginalisée.

Chaque rire, chaque banalisation nous rend collectivement responsables

Je vais plus loin.

Chaque Gabonais qui rit de propos aussi abjects, les partage pour se divertir ou contribue à leur diffusion participe, consciemment ou non, à leur banalisation.

Chaque citoyen qui accepte que le débat politique se mue en compétition d’insultes contribue à l’affaiblissement de nos valeurs. Et chaque fois que nous glorifions l’insulte, que nous élevons l’insulteur au rang de célébrité parce qu’il fait du bruit, nous participons à la destruction progressive de ce qui devrait nous unir.

Nous sommes tous redevables lorsque l’insulte devient un passe-temps. Nous sommes tous redevables lorsqu’elle est une commande.

Nous sommes tous redevables lorsque ceux qui insultent sont ceux que l’on écoute le plus. Je ne viens pas faire la cour, ventre à terre

Je tiens à être très clair.

Je ne viens pas flatter le pouvoir.

Je ne cherche aucune reconnaissance.

Je ne viens pas défendre le Chef de l’État contre ses opposants politiques.

Je viens dire STOP.

Il est impératif d’agir contre cette insalubrité verbale qui contamine progressivement notre espace public.

Et je tiens à saluer, par contraste, ces Gabonais qui contestent le Président et sa politique sans jamais franchir ces limites.

Il existe des opposants responsables.

Des hommes et des femmes qui savent reconnaître ce qui est bien et dénoncer ce qui ne l’est pas.

Des citoyens capables de s’opposer à une politique avec des arguments solides sans insulter les mères, les pères, les épouses ou les enfants de leurs adversaires.

Voilà l’essence d’un véritable débat démocratique. L’activisme n’a rien à voir avec la vulgarité

Il est également crucial de mettre fin à une autre confusion. Être activiste ne confère pas tous les droits.

Être opposant ne signifie pas pouvoir tout énoncer. Être libre ne sous-entend pas être irresponsable.

L’activisme est une forme d’engagement citoyen. Il implique donc une responsabilité citoyenne.

On peut dénoncer.

On peut investiguer.

On peut contester.

On peut manifester.

On peut interpeller.

On peut même être extrêmement ferme dans la critique.

Mais l’insulte obscène visant une mère ou une femme n’est ni un argument, ni une preuve de courage, ni une démonstration de patriotisme.

J’ai un père. J’ai une mère. Et je suis leur fils.

Cette phrase est peut-être la plus simple de cette tribune.

J’ai un père. J’ai une mère.

Et le fait d’être leur fils me renvoie à une éducation, à une histoire, à une responsabilité.

Je connais la signification du respect dû à ceux qui nous ont donné la vie.

Je sais ce que représente une mère.

Je sais ce que représente un père.

C’est précisément cette éducation qui me pousse aujourd’hui à rejeter la banalisation de cette abomination médiatique.

Je ne peux exiger de mes enfants qu’ils respectent leurs parents demain si, aujourd’hui, j’accepte que l’humiliation des parents devienne un spectacle public.

Je prendrai ma part de responsabilité

Face à cette situation, je vais donc assumer ma part de responsabilité.

Je prendrai contact avec un conseiller juridique afin d’étudier les voies de droit existantes et les suites judiciaires qui pourraient être engagées suite à de tels propos.

Cette démarche sera strictement personnelle.

Je ne prétends parler au nom du Chef de l’État, de sa famille, de son entourage ou d’une quelconque institution.

Je parle en mon nom propre.

En tant que Gabonais. En tant que citoyen. En tant que fils.

Je souhaite que les choses soient claires : mon objectif n’est pas de museler la critique politique.

Au contraire.

Je désire que nous retrouvions un débat politique où l’intelligence, la contradiction et la responsabilité supplantent progressivement l’insulte, l’obscénité et l’humiliation.

Nous devons choisir entre la vertu et la banalisation du vice

Le Gabon ne peut s’enfoncer durablement dans cette dynamique.

Une nation ne se désagrège pas uniquement sous l’effet de crises économiques ou politiques.

Elle peut également se détruire par l’érosion progressive de ses valeurs morales.

Lorsque l’insulte devient coutumière, la violence verbale devient tolérable.

Lorsque la violence verbale devient tolérable, l’humiliation devient un divertissement.

Lorsque l’humiliation devient un divertissement, ceux qui la produisent deviennent des personnalités.

Et lorsque ceux qui sapent les valeurs deviennent les modèles de la société, la déroute étatique commence aussi par une déroute morale.

Je refuse cette fatalité.

Je refuse que nos mères soient des cibles.

Je refuse que nos femmes soient utilisées comme instruments d’humiliation politique.

Je refuse que nos pères soient insultés parce que leurs enfants exercent des fonctions publiques.

Je refuse que nos enfants grandissent dans une société où la vulgarité est davantage récompensée que la vertu.

Trop, c’est trop.

Je ne demande à personne d’apprécier le Président de la République.

Je ne demande à personne d’approuver sa politique.

Je demande simplement que nous soyons encore capables de nous respecter nous-mêmes.

Car au fond, lorsque nous insultons la mère d’autrui, nous insultons également l’idée que nous nous faisons de notre propre mère.

Et lorsqu’un peuple ne protège plus ses propres valeurs, il commence à perdre son âme.

À chacun maintenant d’assumer ses responsabilités.

Quant à moi, j’ai choisi de prendre les miennes.