Algerie et Sahel : une bataille d’influence face au Maroc s’intensifie

L’Algérie accélère son rapprochement avec le Mali et le Niger pour contrer l’ascension du Maroc au Sahel

Depuis plus d’un an, Alger a connu une série de revers diplomatiques majeurs au Sahel, particulièrement avec Bamako. Pourtant, les récentes actions entreprises par l’Algérie envers ses voisins maliens et nigériens révèlent une volonté de reconquérir une influence perdue face à la montée en puissance du Maroc dans la région. Entre réouverture des espaces aériens, livraisons d’équipements militaires et relance de projets énergétiques, Alger multiplie les gestes pour éviter que Rabat ne transforme ses avancées en atouts politiques durables.

Un tournant diplomatique avec le Mali après quinze mois de crise

La relation entre l’Algérie et le Mali avait atteint un niveau de tension sans précédent il y a quinze mois. Cependant, un revirement spectaculaire s’est produit en juillet dernier : Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que les autorités maliennes annulaient la fermeture de leur espace aérien aux appareils algériens. Ce rapprochement, salué par une «convergence totale de vues» entre les deux pays, marque un tournant dans la stratégie algérienne. Pour Alger, il s’agit moins de rétablir des relations bilatérales que de reconstruire une position stratégique au cœur de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali est un pilier.

La crise avait été déclenchée par des tensions autour de l’accord de paix de 2015, puis aggravée par des incidents militaires près de la frontière. Pourtant, les deux pays semblent désormais déterminés à tourner la page, avec une approche commune axée sur le «respect de la souveraineté des États» et la «non-ingérence dans les affaires intérieures».

Le Niger, nouveau terrain d’expansion pour l’influence algérienne

Le mouvement de rapprochement avec Niamey a été encore plus marqué. En août, l’Algérie a livré quatre hélicoptères militaires au Niger, dont deux appareils de combat Mi-24V et deux hélicoptères de transport Mi-171, accompagnés de matériel et de munitions. Parallèlement, le premier ministre algérien s’est rendu sur place pour lancer les travaux de forage du puits Kafra Sud-Est 1, tandis que Sonatrach et la Sonidep annonçaient leur première commercialisation conjointe de pétrole nigérien.

Cette stratégie trilatérale – sécurité, énergie et économie – illustre la volonté algérienne de renforcer sa présence au Sahel. Le Niger, membre clé de l’AES, devient ainsi un partenaire stratégique pour Alger, qui cherche à rétablir une profondeur géopolitique essentielle à sa stabilité régionale.

Une bataille d’influence au Sahel : l’Algérie face au Maroc et à l’évolution régionale

Les trois pays de l’AES (Mali, Burkina Faso et Niger) ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leurs liens avec la Russie. Cette nouvelle dynamique a créé un contexte propice à une recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest. Pour l’Algérie, cette situation représente à la fois un défi et une opportunité : un défi, car le Maroc a su capitaliser sur son déclin d’influence ; une opportunité, car les gouvernements de l’AES, en quête de nouveaux partenaires, pourraient se tourner vers Alger.

Cependant, Rabat a pris une avance significative. Le Maroc a diversifié ses leviers d’influence – diplomatie, formation religieuse, investissements et infrastructures – tandis qu’Alger peine à convertir sa puissance militaire et énergétique en gains politiques durables. Selon des analyses récentes, la diplomatie économique algérienne cherche avant tout à «préserver son influence régionale face aux démarches marocaines».

Le difficile retour d’Alger dans le jeu diplomatique malien

La normalisation avec le Mali est l’un des moments forts de cette année pour l’Algérie. Après une crise marquée par des accusations d’agression et des ruptures diplomatiques, les deux pays ont rétabli leurs ambassades et leurs liaisons aériennes. Ce rapprochement, facilité en partie par le Niger, pourrait permettre à Alger de retrouver une place centrale dans les discussions sur la sécurité et l’avenir politique du Sahel occidental.

Pourtant, cette avancée reste fragile. Les observateurs soulignent que l’Algérie agit davantage par réaction que par stratégie proactive. Son objectif principal semble être d’empêcher le Maroc de tirer profit de ses propres erreurs, plutôt que de proposer une offre autonome et durable aux pays de l’AES.

Le partenariat algéro-nigérien, un modèle de reconquête stratégique

Le Niger incarne aujourd’hui la méthode algérienne de reconquête. Depuis mars, les deux pays ont multiplié les engagements dans les domaines de l’énergie, de la sécurité, des transports et des infrastructures. Les autorités ont qualifié leurs relations de «stratégiques et irréversibles», annonçant un partenariat totalement renouvelé. Les livraisons d’hélicoptères, le forage de nouveaux puits pétroliers et la commercialisation conjointe de pétrole en sont les preuves tangibles.

Pour Alger, cette coopération est vitale : le Niger partage une longue frontière avec l’Algérie, et la dégradation de la sécurité dans la région menace directement sa stabilité intérieure. Ainsi, la stratégie algérienne combine désormais sécurité, énergie et économie pour rivaliser avec les avancées marocaines.

Le Maroc, une ombre persistante sur la stratégie algérienne

Malgré les efforts d’Alger, Rabat a déjà pris une avance difficile à combler. Le Mali a récemment retiré sa reconnaissance de la RASD et soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, une décision qui touche au cœur de la rivalité entre les deux pays. Pour Alger, l’enjeu dépasse l’influence au Sahel : il s’agit désormais de rallier les capitales africaines à sa propre vision du conflit saharien.

Face à cette situation, Alger semble condamnée à une politique de rattrapage. Son retour au Sahel repose sur la récupération de positions perdues et la frustration de voir le Maroc bénéficier de ses propres revers. Pourtant, une puissance durable ne peut se contenter de réagir aux initiatives de son rival : elle doit proposer une vision propre et constructive pour la région.