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Mali : derrière l’année de l’éducation, la réalité crue de 2 400 écoles disparues et 730 000 rêves brisés

Un symbole officiel qui s’effondre au premier jour de rentrée

Ce jeudi 1er octobre, le Mali a officiellement lancé sa « Année de l’éducation et de la culture ». Une initiative ambitieuse portée par le général Assimi Goïta pour redonner aux Maliens des raisons d’espérer. Pourtant, dès les premiers rayons du soleil sur Bamako, la réalité a balayé le discours. Plus de 2 400 écoles restent désespérément fermées dans l’ensemble du pays. Un chiffre vertigineux qui prive 730 000 enfants de leur droit le plus fondamental : celui d’apprendre. Derrière ce bilan accablant se cache l’échec patent d’une transition militaire incapable de garantir la sécurité et l’état de droit promis.

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Les écoles, nouvelles cibles d’une guerre sans pitié

Les infrastructures éducatives maliennes ne sont pas des victimes collatérales. Elles sont devenues des objectifs stratégiques pour des groupes armés déterminés à imposer leur vision obscurantiste. Sur les quelque 14 000 établissements scolaires que comptait le Mali avant la crise, plus d’un sur cinq a été rayé de la carte. Les méthodes de ces groupes ne laissent aucune place au doute : écoles brûlées, enseignants enlevés ou exécutés, salles de classe converties en refuges pour déplacés. Dans la région de Kidal, plus de 84 % des écoles sont désaffectées. À Ménaka, sous l’emprise de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), 52 % des établissements scolaires ne fonctionnent plus. Même les zones autrefois stables comme Gao, Mopti ou Bandiagara subissent désormais la loi des insurgés. Ségou et Koulikoro, jadis épargnées, voient leurs écoles menacées par l’avancée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda).

L’emprise terroriste, étape par étape

  • Extrême Nord : Kidal, Ménaka et Taoudénit ne sont plus que des îlots de résistance administrative. Les groupes armés y imposent leurs règles, prélevant l’impôt religieux (zakat) et contrôlant les rares voies d’accès aux villes fortifiées.
  • Centre du pays : Mopti, Ségou et San forment le cœur battant de l’insurrection du GSIM. Les ruraux y vivent sous la menace permanente de blocus ou d’exactions. À Niono ou Djenné, les écoles officielles sont fermées sous peine de représailles mortelles.
  • Sud et Ouest : Koulikoro, Sikasso et Kayes, autrefois épargnées, subissent désormais une infiltration insidieuse. Des cellules dormantes du GSIM bloquent les axes routiers et coupent l’accès aux ressources, étranglant peu à peu la capitale.

La junte face à son propre silence

Comment en est-on arrivé là ? La transition malienne, arrivée au pouvoir en 2020 après deux coups d’État, a fait de la restauration de la sécurité son cheval de bataille. Mais les choix géopolitiques radicaux de Bamako — expulsion des troupes françaises, départ de la MINUSMA et rejet de l’accord de paix d’Alger — n’ont pas produit les résultats escomptés. Le partenariat avec les mercenaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner) devait permettre une reconquête rapide. À la place, les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés se sont enlisés dans des conflits d’usure meurtriers.

La reculade la plus humiliante est venue avec la défaite de Tinzaouatène en été 2024. Face à une coalition de rebelles et du GSIM, les FAMa ont subi un revers cuisant, révélant les failles structurelles de leur dispositif. Pis encore : les groupes terroristes ont riposté en étendant leur champ d’action. Bamako a été frappée de plein fouet avec des attaques contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire, rappelant que le danger ne se limite plus aux régions reculées.

Une souveraineté malienne en lambeaux

La carte du Mali n’est plus qu’un puzzle aux morceaux disparates. L’État ne contrôle plus que quelques enclaves urbaines dans le Nord, tandis que le désert de Ménaka ou les montagnes de Kidal sont sous la domination de l’EIGS. Au centre, l’administration centrale a perdu tout ascendant sur les campagnes, où le GSIM dicte sa loi. Même le Sud, longtemps épargné, commence à ployer sous le poids des pressions économiques et des infiltrations.

Cette fragmentation territoriale est le miroir d’une gouvernance en déroute. Les promesses de souveraineté, de sécurité et de prospérité se heurtent à une réalité implacable : celle d’un pays aux mains de factions armées, où l’école, symbole de l’espoir, n’a plus sa place.

Le sacrifice de toute une jeunesse

Pendant que Bamako célèbre ses discours sur la « refondation », des centaines de milliers d’enfants maliens voient leurs rêves s’évaporer. Chaque école fermée est une victoire de plus pour l’obscurantisme. Sans éducation, sans perspectives, sans accès à la connaissance, ces jeunes deviennent des cibles idéales pour le recrutement des groupes terroristes. Le slogan officiel de « l’Année de l’éducation » sonne désormais comme une cruelle ironie pour ces familles qui assistent, impuissantes, à la disparition de l’école de leurs enfants.

La génération sacrifiée du Mali n’est pas seulement celle qui manque l’école. C’est une génération condamnée à grandir dans l’ignorance, la peur et la soumission à des lois imposées par la force. Tant que la sécurité ne sera pas rétablie et que l’autorité de l’État ne sera pas rétablie sur tout le territoire, des millions de Maliens resteront prisonniers d’un cycle de violence et de privation.