Mali : un procès symptomatique de la répression contre la liberté d’expression

au Mali, un procès contre la liberté d’expression

Face à la justice malienne, Moussa Mara, ancien chef du gouvernement, a vu sa demande de liberté sous contrôle judiciaire rejetée par le tribunal de Bamako. Les magistrats ont préféré retenir une peine de deux ans de prison requise par le parquet, illustrant ainsi l’ampleur de la répression exercée par la junte militaire contre toute forme de dissidence politique.

L’arrestation de Moussa Mara, en poste entre 2014 et 2015, a été déclenchée par un message publié sur les réseaux sociaux. Ce dernier exprimait son soutien aux prisonniers politiques et promettait de défendre leurs droits. Les autorités lui reprochent d’avoir porté atteinte au crédit de l’État, sapé l’autorité publique, incité au désordre et diffusé de fausses informations.

Le procès s’est ouvert le 29 septembre devant une juridiction spécialisée dans la cybercriminalité. Le verdict, attendu pour le 27 octobre, suscite de vives interrogations quant à son équité. Les défenseurs de Moussa Mara dénoncent une atteinte flagrante au droit fondamental d’expression. « Ces accusations sont totalement déconnectées du contenu du message publié par Moussa Mara », a souligné un membre de son équipe juridique. Le bâtonnier Mounkaïla Yayé a qualifié ce procès de coup porté à la liberté d’expression, mettant en garde contre les conséquences d’un précédent aussi inquiétant.

une junte militaire qui muselle toute opposition

Depuis son accession au pouvoir par un putsch en 2021, le général Assimi Goïta a instauré un climat d’oppression envers les opposants politiques, les médias et la société civile au Mali. Plusieurs mesures restrictives ont été mises en place, notamment l’interdiction de tous les partis politiques et des actions d’intimidation envers les journalistes et militants des droits humains. Le général Goïta a également maintenu son pouvoir sans élections, prolongeant ainsi l’absence de gouvernance civile démocratique.

Par ailleurs, les autorités maliennes ont renoncé à poursuivre les responsables d’exactions, violant ainsi leurs engagements internationaux. En janvier, le Mali, tout comme le Burkina Faso et le Niger, a officiellement quitté la CEDEAO, privant ses citoyens du recours à la justice régionale. En septembre, ces trois pays ont également annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale, fragilisant davantage l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

une mobilisation internationale nécessaire

L’emprisonnement de Moussa Mara symbolise la montée de l’intolérance envers toute forme de contestation au Mali. Les observateurs s’inquiètent de l’absence de garanties juridiques dans ce procès, tandis que les défenseurs des droits appellent à une libération immédiate. Les charges retenues contre lui doivent être abandonnées, tout comme celles contre tous les prisonniers politiques détenus arbitrairement. Le respect de la liberté d’expression et des droits fondamentaux doit être une priorité pour les autorités maliennes, sous peine de voir la répression s’étendre encore davantage.