Mali : exécutions et disparitions de civils peuls par l’armée et Wagner
Mali : des exécutions et disparitions massives de civils peuls imputées à l’armée et au groupe Wagner
Des crimes de masse contre la communauté peule au Mali
Depuis le début de l’année 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des exécutions sommaires et des disparitions forcées à l’encontre de dizaines d’hommes issus de l’ethnie peule dans plusieurs régions du Mali. Ces actes s’inscrivent dans le cadre d’opérations militaires conjointes menées contre des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
Selon des témoignages recueillis, les soldats maliens et les mercenaires russes ont ciblé des civils peuls, les accusant à tort de collaborer avec les djihadistes. Ces allégations, bien que non fondées, ont conduit à des violences systémiques contre une communauté déjà marginalisée.
Des opérations militaires controversées et des abus documentés
Entre janvier et mai 2025, plusieurs incidents ont été rapportés dans différentes zones du pays :
- Exécutions sommaires dans le village de Sebabougou (région de Kayes) : En avril, au moins 65 éleveurs et marchands de bétail peuls auraient été exécutés après avoir été rassemblés et conduits vers un camp militaire.
- Meurtres à Belidanédji (région de Ségou) : Le 30 mars, six civils peuls ont été exécutés sommairement par des militaires maliens et des combattants de Wagner, selon des récits de survivants.
- Disparitions forcées à Kourma (région de Ségou) : En mars, 12 hommes peuls ont été arrêtés et portés disparus après avoir été accusés de liens avec le GSIM.
- Violences à Kobou (région de Douentza) : En janvier, trois hommes peuls ont été exécutés et des dizaines de maisons incendiées lors d’une opération militaire.
- Tortures et meurtres à Farana (région de Tombouctou) : En mars, quatre hommes peuls ont été battus à mort et leurs corps jetés près d’une rivière.
Des images satellites analysées par des organisations internationales confirment des destructions de villages et des violences ciblant spécifiquement les Peuls, notamment à Kobou, où au moins 30 maisons ont été incendiées.
L’impunité des responsables et l’urgence d’une intervention
Les autorités maliennes n’ont à ce jour mené aucune enquête crédible sur ces crimes, malgré les appels répétés de la communauté internationale. L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour :
- Protéger les civils des abus commis par toutes les parties au conflit.
- Soutenir les enquêtes indépendantes sur les exécutions et disparitions forcées.
- Faire pression sur Bamako pour que les responsables soient traduits en justice.
Les responsables de ces crimes, qu’ils soient maliens ou russes, pourraient être tenus pour complices de crimes de guerre, selon le droit international humanitaire. Le Mali, signataire des Conventions de Genève, est également tenu de respecter ses obligations légales, notamment en matière de protection des civils et de lutte contre les disparitions forcées.
Un contexte sécuritaire dégradé et une communauté peule en danger
Depuis 2012, le Mali est en proie à une insurrection djihadiste et à des conflits intercommunautaires. Les groupes armés, dont le GSIM, recrutent massivement au sein de la communauté peule, exacerbant les tensions. Cependant, les autorités maliennes ont souvent stigmatisé cette ethnie, la rendant vulnérable aux violences des forces de sécurité et des milices alliées.
Le retrait du groupe Wagner en juin 2025, remplacé par l’Africa Corps (un groupe paramilitaire russe), n’a pas mis fin aux exactions. Les attaques récentes menées par des groupes armés et des séparatistes touaregs ont encore fragilisé la situation sécuritaire.
Que dit le droit international ?
Toutes les parties au conflit, y compris l’armée malienne et les mercenaires russes, sont soumises au droit international humanitaire. Les exécutions sommaires, les disparitions forcées et les tortures constituent des crimes de guerre punis par la Cour pénale internationale (CPI), devant laquelle le Mali est sous enquête depuis 2012.
Les disparitions forcées violent également la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ratifiée par le Mali. Malgré cela, les familles des victimes peinent à obtenir des réponses ou des réparations.
Des appels à la justice et à la protection des civils
Les organisations de défense des droits humains exhortent la communauté internationale à agir :
- L’Union africaine doit exercer une pression maximale sur le gouvernement malien pour qu’il mette fin à l’impunité.
- La Cour pénale internationale pourrait être saisie si Bamako ne prend pas de mesures concrètes.
- Les États membres de l’ONU doivent soutenir les initiatives visant à protéger les civils et à documenter les crimes commis.
Pour les survivants et les familles des victimes, l’espoir d’une justice tarde à se concrétiser. Comme le souligne une chercheuse de Human Rights Watch : « Les hauts responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils pourraient être tenus pour responsables des crimes commis par leurs soldats et mercenaires. »
Conclusion : un cycle de violences à briser
Le Mali traverse une crise humanitaire sans précédent, marquée par des violences intercommunautaires, des exactions des groupes armés et des abus des forces de sécurité. La stigmatisation de la communauté peule et l’impunité généralisée aggravent la situation.
Sans une intervention urgente de la communauté internationale et une volonté politique forte de Bamako, le cycle des violences risque de se poursuivre, plongeant davantage de civils dans l’horreur.