Cameroun : les milliards envolés du clan au pouvoir mis en lumière
Les dérives du pouvoir au Cameroun révélées par Issa Tchiroma Bakary : or, pétrole et bois au cœur du pillage
Dans une déclaration publique récente, Issa Tchiroma Bakary a dénoncé les dérives du régime actuel au Cameroun. Le ministre d’opposition met en lumière des pratiques de détournement massives, étayées par des chiffres accablants. Parmi les faits évoqués : le bradage des ressources naturelles comme l’or, le pétrole et le bois, ainsi que des marchés publics frauduleux via les lignes budgétaires 65 et 94.
Les chiffres présentés sont sans appel : plus de 10 000 milliards de francs CFA se seraient volatilisés entre les mains du clan présidentiel. Une situation qui, selon l’ancien ministre, a plongé le Cameroun dans une pauvreté extrême après des décennies de gouvernance controversée.
Issa Tchiroma Bakary appelle à une prise de conscience collective face à ces pratiques, soulignant l’ampleur des préjudices infligés à la nation.
Le sous-sol camerounais : un eldorado pillé sans contrôle
Les ressources naturelles du Cameroun, notamment le pétrole, l’or et le bois, ont été exploitées de manière opaque. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a généré des recettes pétrolières pendant quarante ans, sans transparence ni contrôle parlementaire. Des flux financiers colossaux, estimés à plusieurs milliers de milliards de francs CFA, ont quitté le pays sans être comptabilisés.
Le pétrole, vendu à des prix dérisoires à des entreprises comme Glencore, et les cargaisons disparues ont contribué à ce pillage systématique. Les forêts camerounaises n’ont pas été épargnées : 80 % du bois est exploité illégalement, avec la complicité des autorités. Résultat, des milliards se sont envolés, laissant le pays exsangue.
Des marchés publics aux fonctionnaires fantômes : une fraude généralisée
Les lignes budgétaires 65 et 94, utilisées entre 2012 et 2021, ont servi à détourner 5 400 milliards de francs CFA sans justification. Un tribunal spécial créé par le pouvoir a même condamné ses propres membres pour des détournements s’élevant à près de 9 000 milliards de francs CFA entre 1997 et 2021.
Les fonctionnaires fantômes sont également pointés du doigt : plus de 20 000 noms fictifs figuraient sur les listes de paie, causant un préjudice annuel de 200 milliards de francs CFA. Des scandales retentissants, comme l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 ou les surfacturations de vaccins contre le COVID-19, ont également jalonné cette période de gabegie.
Fraude fiscale et douanière : des mécanismes systémiques
L’Agence nationale des investigations financières (ANIF) et la Commission nationale de lutte contre la corruption (CONAC) ont révélé l’existence de fraudes massives. En 2023 seulement, 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects ont été identifiés. Sur six ans, la fraude douanière a atteint 1 246 milliards, tandis que 1 745 milliards ont été perdus au port de Douala à cause de manipulations de scanning imputées à l’entreprise SGS.
Ces chiffres illustrent l’ampleur de la corruption institutionnalisée, où deux factions du régime se disputent le contrôle des mécanismes de fraude.
L’enrichissement illicite du clan présidentiel
Les biens mal acquis par le clan Biya s’étendent du Cameroun à la France et au Moyen-Orient. Aux Pays-Bas, 744 millions d’euros de biens ont été identifiés. En France, le domaine de Nyom, attribué au Secrétaire général de la présidence, vaut 18 milliards de francs CFA. À Dubaï, des biens estimés à 44 milliards de francs CFA ont été acquis, tandis que des séjours à l’Hôtel Continental de Genève, facturés 50 000 dollars par nuit, ont été payés par l’État.
Tous ces avoirs, accumulés sans déclaration de patrimoine conforme à la Constitution, soulignent l’impunité dont bénéficie le pouvoir en place.
Un coût exorbitant pour le Cameroun
Le montant total de la prédation s’élève à au moins 26 000 milliards de francs CFA, selon une estimation conservatrice. Certains experts estiment que ce chiffre pourrait atteindre 80 000 milliards, une fois pris en compte les montages financiers complexes et les paradis fiscaux.
Pour donner une idée de l’ampleur du désastre, ces 26 000 milliards auraient pu permettre de payer 36 années de salaires pour l’ensemble des 380 000 enseignants, soignants et soldats du Cameroun. Ils auraient également pu financer la construction de 2 600 hôpitaux de district, soit 260 par région.
Appel à la justice et refus de l’impunité
Issa Tchiroma Bakary conclut en avertissant : il n’y aura ni amnistie ni négociation secrète pour échanger l’impunité contre une transition silencieuse. Tous les hauts fonctionnaires impliqués dans ces malversations devront répondre de leurs actes devant les juridictions nationales et internationales.