Alliance Maroc-États-Unis : un pilier historique face aux défis géopolitiques
Alliance Maroc-États-Unis : un pilier historique face aux défis géopolitiques

L’alliance entre le Maroc et les États-Unis, forgée sur plus de deux siècles, joue un rôle central dans les équilibres géopolitiques de l’Afrique du Nord. Cette relation, marquée par des gestes symboliques comme la récente inauguration d’une autoroute de 1 000 kilomètres à travers le Sahara en l’honneur de l’ancien président américain Donald Trump, illustre la profondeur des liens entre Rabat et Washington.
Alors que plus de 70 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta cette semaine, provoquant au moins 140 décès, les États-Unis ont adopté une position sans équivoque. Ni la Maison Blanche ni le département d’État n’ont remis en cause le rôle du Maroc dans cette crise migratoire, malgré les tensions avec l’Espagne, partenaire clé de l’OTAN.
Donald Trump a qualifié l’afflux de migrants de « catastrophe » comparable à une « invasion », tandis que l’administration américaine dénonçait les politiques migratoires de Madrid et les « politiques mondialistes d’extrême gauche ». Une prise de position qui a surpris peu d’observateurs, mais qui a surtout mis en lumière la solidité de l’alliance entre les deux nations.

Des racines historiques profondes
Malgré les distances géographique et culturelle, les relations entre le Maroc et les États-Unis remontent à plus de deux siècles. En 1776, alors que les jeunes États-Unis proclamaient leur indépendance, le Maroc, dirigé par la dynastie alaouite, était déjà un sultanat souverain. Un an et demi plus tard, le sultan Mohammed III ouvrait les ports marocains aux navires américains, une décision présentée par Rabat comme la première reconnaissance internationale de la jeune république.
Cependant, c’est en 1786 que les deux pays officialisent leur alliance par la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech. Pour les États-Unis, alors vulnérables face aux corsaires maghrébins, cet accord était bien plus qu’un geste diplomatique : il garantissait la sécurité de leurs navires et ouvrait la voie à des échanges commerciaux florissants. « La position stratégique du Maroc, à la croisée des mondes méditerranéen, africain et islamique, en a fait un partenaire clé pour Washington dans sa quête de légitimité et d’expansion commerciale », explique Timothy W. Kneeland, historien à l’université de Nazareth (New York).
Ce traité, renégocié en 1836, reste en vigueur aujourd’hui et est souvent cité par les experts comme le plus ancien accord encore actif dans l’histoire diplomatique américaine. « Les Marocains rappellent avec fierté que ce traité est le socle de leurs relations avec les États-Unis », souligne Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Sécurité, commerce et Sahara : les piliers de l’alliance
La coopération en matière de sécurité entre les deux pays remonte aux années 1950, bien avant l’indépendance du Maroc. En 1950, alors que le pays était encore sous protectorat français, Washington et Paris s’accordaient pour utiliser des bases aériennes marocaines. Cette collaboration s’est intensifiée après les attentats du 11 septembre 2001, le Maroc devenant un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme.
En 2004, sous l’administration Bush, le Maroc a été désigné comme allié majeur non membre de l’OTAN, un statut qui lui donne accès à un armement avancé et renforce la coopération militaire. Le royaume abrite également African Lion, le plus grand exercice militaire annuel d’AFRICOM, et collabore étroitement avec Washington dans la lutte contre l’État islamique. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les États-Unis fournissent 60 % des importations d’armes du Maroc entre 2021 et 2025.
Sur le plan économique, l’accord de libre-échange signé en 2006 a dynamisé les échanges entre les deux pays. En 2025, les échanges commerciaux ont atteint 7,4 milliards de dollars, soit huit fois plus qu’en 2005. Bien que modeste à l’échelle de l’économie américaine, ce volume représente le 46e marché d’exportation des États-Unis.
Le dossier du Sahara occidental a toujours été un point clé de cette alliance. En 2020, Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire, une décision qui a renforcé les liens entre les deux nations. « Le Maroc est le membre le plus performant des accords d’Abraham. La normalisation avec Israël a survécu au conflit à Gaza », affirme Sarah Yerkes.

Maroc, États-Unis et Espagne : un équilibre fragile
La crise de Ceuta a révélé les tensions au sein du triangle diplomatique formé par le Maroc, les États-Unis et l’Espagne. Madrid, allié militaire clé de Washington, dépend aussi de la coopération de Rabat pour contrôler ses frontières africaines. Pourtant, les relations entre l’Espagne et le Maroc, ainsi qu’entre l’Espagne et les États-Unis, sont mises à rude épreuve.
Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a attribué l’afflux massif de migrants à des réseaux de trafic d’êtres humains et aux réseaux sociaux. Cependant, des experts et responsables politiques espagnols accusent le Maroc d’avoir facilité, voire orchestré, cette crise. De son côté, Washington a critiqué Madrid pour ses désaccords avec les dépenses militaires de l’OTAN et son opposition à l’utilisation des bases de Rota et Morón pour des opérations en Iran.
Contrairement à ses partenaires espagnols, l’administration américaine n’a pas demandé d’explications à Rabat ni relayé les accusations d’un relâchement délibéré des contrôles frontaliers. Au contraire, Donald Trump a pointé du doigt les politiques migratoires espagnoles, s’attaquant directement au gouvernement Sánchez. « Washington ne considère pas Ceuta comme une initiative marocaine. La Maison Blanche critique avant tout l’Espagne et sa gestion frontalière », analyse Sarah Yerkes.
Cette position confirme la solidité de l’alliance entre les États-Unis et le Maroc, alors que les tensions avec l’Espagne, membre de l’OTAN, persistent. Le Maroc pourrait ainsi devenir un partenaire encore plus précieux pour Washington, notamment après le veto espagnol sur l’utilisation de ses bases pour des opérations en Iran. Dans un message adressé au roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône, Donald Trump a réaffirmé l’engagement des deux pays : « Nous célébrons 250 ans d’amitié indéfectible, forgée sur la confiance et le respect mutuel ».
