Samedi, le ministre nigérian de l’Intérieur était au Bénin pour rencontrer les experts en charge du dossier de la réouverture de la frontière commune au Bénin et au Niger. Et il a posé trois conditions pour cette réouverture: la signature d’un accord de défense, celle d’un accord de sécurité qui pose le principe intangible de la non-utilisation du territoire de l’un contre l’autre et une transparence totale sur les dispositifs étrangers stationnés à proximité de la frontière des deux pays. Est-ce que le Bénin aurait des raisons de ne pas accepter ces conditions ?
Il faut d’abord noter que cela s’inscrit dans le contexte normal d’une négociation. Lorsqu’on entre en négociation, on cherche à maximiser ses attentes, quitte à réviser ensuite ce qui pourra être effectivement acceptable pour le partenaire. Le Bénin, sur le principe, ne peut pas rejeter les préalables tels qu’ils sont posés, étant entendu qu’il existait déjà un accord de défense liant les deux pays, et que le régime nigérien l’a dénoncé en septembre 2023.
Concernant la transparence, le Bénin a déjà, à plusieurs reprises, fourni des explications pédagogiques pour rassurer la partie nigérienne sur l’absence de bases étrangères. Ce deuxième point relève donc surtout d’un effort de communication afin que la partie nigérienne soit rassurée. Il s’agit avant tout d’une question d’intégrité territoriale. Le troisième préalable paraît en revanche plus sensible ; il donnera probablement lieu à des discussions. Cela ne veut pas dire que toutes les conditions seront acceptées en bloc.
Après la visite de Romuald Wadagni au Niger, début juin, un comité d’experts avait un jour été chargé de recenser les points de blocage avant de proposer les conditions de la réouverture. Quels sont ces points de blocage, au-delà des trois conditions ?
Le premier point de blocage semble être l’absence de garantie, du côté nigérien, que son territoire ne soit pas violé par des forces étrangères. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : cela renvoie surtout à la France, qui n’est plus en bons termes avec le pouvoir nigérien, alors qu’elle entretient des relations normales, y compris une coopération militaire, avec le Bénin. C’est donc le principal point d’achoppement.
Nous sommes dans un contexte de dilemme sécuritaire. Même si les autorités des deux pays, au plus haut niveau, ont manifesté clairement leur volonté politique de réchauffer les relations et de rétablir les liens diplomatiques, ce point n’est pas insurmontable. La partie nigérienne cherche surtout à être rassurée et à vérifier qu’il n’existe pas de velléités hostiles à ses frontières.
La fermeture de la frontière depuis trois ans a eu de nombreuses conséquences, sur le quotidien des populations riveraines, sur les routiers qui empruntaient cette route, mais aussi sur les plans économique et sécuritaire. Une réouverture n’est-elle pas, de toute façon, inévitable pour les deux économies et pour résoudre une partie des problèmes de sécurité ?
C’est un point essentiel. Il faut aussi mieux faire comprendre, du côté nigérien, que la fermeture des frontières n’est pas seulement imputable au Bénin ; elle l’est aussi au Niger. Tout le monde sait que le port de Cotonou constitue la porte d’entrée naturelle du Niger. Le coût d’opportunité est très élevé pour le Niger, et les conséquences sont importantes, aussi bien pour l’économie nigérienne que pour l’économie béninoise. Les deux parties ont donc intérêt à trouver une solution.
- économie
- Niger
- Politique
- #Benin
Envie d’afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d’afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L’espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.