Le prix lourd du souverainisme de façade sur le panier de la ménagère
Alors que les rapports officiels de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) affichent une inflation globale moyenne tombée à 0,0 % dans la zone, cette statistique relève du mirage pour les populations du Sahel. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, l’accalmie célébrée dans les bureaux climatisés de Dakar n’a pas franchi les frontières du bloc de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Si la baisse des cours mondiaux et une météo clémente ont soulagé la bande côtière, le Sahel central demeure englué dans une surchauffe chronique des prix. Une situation que les narratifs officiels de Bamako, Niamey et Ouagadougou attribuent systématiquement à des facteurs exogènes ou à des « complots » extérieurs, occultant les conséquences directes de leurs propres choix politiques et économiques.
L’impasse du « tout-militaire » et la déstructuration des marchés
Le premier carburant de l’inflation au Sahel reste l’insécurité, mais la persistance de cette dernière interroge directement l’efficacité des stratégies des transitions actuelles. Malgré la promesse d’une reconquête rapide des territoires, la paralysie des grands corridors routiers persiste. Les blocus imposés par les groupes armés ne sont pas seulement des défis tactiques ; ils révèlent l’incapacité des régimes à sécuriser les flux économiques vitaux.
En concentrant l’essentiel des ressources budgétaires sur l’effort de guerre et l’achat d’équipements militaires, les autorités ont sacrifié les investissements dans les infrastructures de stockage et le soutien direct aux campagnes agricoles. Les restrictions d’accès aux terres ne cessent de s’étendre, étranglant la production locale. En somme, la militarisation à outrance de l’économie n’a pas ramené la sécurité, mais elle a réussi à tarir l’offre alimentaire.
Souverainisme de façade et réalités logistiques
Le discours souverainiste et de rupture économique affiché par l’AES se heurte à la dure réalité des prix. La volonté de court-circuiter les réseaux commerciaux traditionnels au profit de nouveaux axes jugés « politiquement corrects » se traduit par un surcoût direct pour le consommateur. Contourner les ports naturels de la sous-région pour des raisons diplomatiques impose des trajets plus longs, plus complexes et inévitablement plus onéreux. Ce sont les ménages sahéliens qui paient, au marché, le prix de ces ruptures idéologiques.
De plus, la gestion centralisée et parfois autoritaire des circuits de distribution par les régimes militaires crée des effets de bord. Les tentatives de contrôle bureaucratique des prix ou les pressions sur les opérateurs économiques traditionnels découragent le secteur privé, entraînant des pénuries artificielles et alimentant un marché noir où les prix s’envolent.
Les limites du déni économique face à la réalité monétaire
Face à cette inflation structurelle, la politique de resserrement du crédit de la BCEAO montre ses limites. On ne combat pas des pénuries réelles et des routes coupées en augmentant les taux d’intérêt. Mais au-delà de l’action de la banque centrale, c’est l’asphyxie budgétaire interne de ces États qui inquiète.
En s’isolant d’une partie des bailleurs de fonds et des mécanismes de solidarité régionale, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont considérablement réduit leur marge de manœuvre financière. Les caisses de l’État étant siphonnées par les dépenses de sécurité et le maintien des appareils de transition, les gouvernements sont incapables de mettre en place de véritables filets sociaux ou des subventions massives pour amortir le choc de la vie chère.
Tant que les dirigeants de l’AES privilégieront la rhétorique de la victimisation et de la rupture politique au détriment d’une gouvernance économique pragmatique et de la sécurisation réelle des acteurs économiques, le contrecoup de la vie chère continuera de fragiliser les populations, rendant les statistiques d’inflation de l’UEMOA totalement déconnectées du quotidien des Sahéliens.