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Sénégal-Indonésie : les secrets d’un partenariat agricole révélés en coulisses

Un accord discret passé entre Dakar et Jakarta pourrait bien rebattre les cartes d’une filière sénégalaise en friche depuis plus d’une décennie. Les coulisses d’un projet qui promet de bouleverser l’autosuffisance en huile de palme du pays.

Les responsables sénégalais ont choisi un partenaire de taille pour relancer leur filière palmier à huile : l’Indonésie, premier producteur mondial de cette denrée. Lors d’une rencontre tenue à Dakar fin 2024, les deux pays ont officialisé un projet ambitieux de développement de 60 000 hectares de plantations dans les régions centrales et méridionales du Sénégal. Un bond vertigineux qui multiplierait par cinq les surfaces actuelles dédiées à cette culture.

Un groupe de travail technique mixte a été mis sur pied pour concrétiser ce projet, mais les détails concernant le calendrier précis et le montage financier restent pour l’instant confidentiels. Seules les grandes lignes ont été dévoilées, laissant planer le mystère sur les prochaines étapes.

Une filière en coma végétatif depuis plus de dix ans

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2015 et 2024, les surfaces dédiées au palmier à huile au Sénégal n’ont jamais dépassé 12 000 hectares, fluctuant autour de 11 800 hectares. Cette stagnation a eu des répercussions directes sur la production industrielle, qui s’est maintenue à un niveau dérisoire de 14 000 tonnes annuelles pendant près de dix ans.

Face à une demande intérieure qui ne cesse de croître, le Sénégal a dû se résoudre à importer massivement cette huile végétale. En moyenne, 148 100 tonnes sont achetées chaque année à l’étranger, avec un pic à 195 937 tonnes en 2017. Cette dépendance a un coût exorbitant : une facture annuelle moyenne de 108 millions de dollars, ayant atteint 172 millions de dollars en 2020. Une hémorragie financière que le gouvernement sénégalais souhaite désormais endiguer.

L’Indonésie, un modèle à suivre pour une révolution agricole

Le choix de l’Indonésie comme partenaire ne doit rien au hasard. Avec une production estimée à 46,7 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, l’archipel asiatique domine sans partage le marché mondial de l’huile de palme. Cette suprématie repose sur une expertise reconnue en sélection variétale, gestion des plantations et transformation industrielle.

Pour le Sénégal, l’objectif va bien au-delà de l’augmentation des surfaces cultivées. Il s’agit d’un véritable transfert de savoir-faire, essentiel pour bâtir une filière productive et autonome. Les autorités sénégalaises misent sur ce partenariat pour moderniser leurs techniques et renforcer les compétences locales, condition sine qua non pour espérer rattraper leur retard.

L’Afrique suit la même voie que le Sénégal

Le Sénégal n’est pas le premier pays africain à se tourner vers l’Indonésie pour donner un nouveau souffle à sa filière palmier à huile. En Tanzanie, un accord de coopération a été signé en 2025 avec l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAPKI), prévoyant des formations, un accompagnement technique et un transfert de compétences. Au Nigeria, premier producteur africain d’huile de palme, un protocole d’accord similaire a été conclu en 2024 entre les producteurs locaux et la GAPKI.

Ces initiatives partagent un même objectif : doper la productivité locale grâce à l’expertise indonésienne. Reste à savoir si le Sénégal saura tirer les leçons des expériences menées par ses voisins et transformer ce partenariat en succès durable.