Note B du Cameroun : derrière la stabilité affichée par S&P, les dessous d’un équilibre des plus fragiles

Le Cameroun maintient sa note souveraine « B-/B » avec perspective stable, selon Standard & Poor’s. Une décision qui, en apparence rassurante, révèle bien plus qu’une simple reconduction : elle expose les failles d’un système économique à la merci des secousses politiques. Entre transition présidentielle imminente et dépendance persistante aux hydrocarbures, Yaoundé navigue sur une ligne de crête où chaque faux pas pourrait déclencher une crise.
Un satisfecit en trompe-l’œil : l’économie camerounaise sous pression
Derrière l’annonce de S&P se cache une réalité moins glorieuse. La note « B-/B », toujours classée parmi les notations spéculatives, reste cinq crans sous le seuil de l’« investment grade ». Une position qui reflète la vulnérabilité du Cameroun face aux chocs externes, notamment la volatilité des prix du pétrole et une dette publique qui grignote les marges budgétaires. Les analystes de l’agence rappellent que, malgré les efforts de rigueur, l’économie camerounaise reste sous haute tension.
Les réformes engagées sous l’égide du FMI – comme la rationalisation des subventions aux carburants ou la maîtrise de la masse salariale – ont permis de stabiliser le déficit budgétaire. Pourtant, ces avancées restent fragiles. L’endettement persistant et une assiette fiscale trop étroite (seulement 12 à 13 % du PIB en recettes non pétrolières) limitent la marge de manœuvre pour les investissements publics.
Transition présidentielle : le scénario qui fait trembler les marchés
La grande inconnue plane sur Yaoundé : la succession de Paul Biya. Pour S&P, l’issue de la prochaine présidentielle et la gestion de l’après-Biya conditionneront la stabilité économique du pays. Une transition maîtrisée pourrait préserver la confiance des bailleurs, tandis qu’un scénario chaotique – blocage institutionnel, contestations post-électorales – exposerait le Cameroun à un retrait brutal des capitaux et à une dégradation de sa notation.
Le Cameroun n’est pas un acteur isolé : en tant que première économie de la CEMAC, sa performance influence directement les autres pays de la zone franc. Un décrochage souverain aurait des répercussions immédiates sur la BEAC et les réserves de change communes, déjà mises à rude épreuve par les besoins de refinancement des États membres.
Dépendance énergétique et défis structurels
Le pétrole, pilier historique de l’économie camerounaise, perd du terrain. Une production en déclin structurel, couplée à des importations alimentaires et énergétiques toujours coûteuses, pèse sur la balance commerciale. Le service de la dette extérieure, évalué à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, absorbe une part croissante des ressources publiques, réduisant d’autant les marges pour des dépenses sociales ou productives.
Les partenaires internationaux observent de près la gouvernance des entreprises publiques, notamment la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co. Leur restructuration est jugée indispensable pour crédibiliser la trajectoire budgétaire à horizon 2027. Sans ces mesures, la crédibilité des réformes risque de s’effriter, malgré les engagements pris avec le FMI.
Un message aux bailleurs et aux investisseurs
Pour les acteurs financiers, la stabilité de la note ouvre des opportunités : émissions d’eurobonds ou placements privés, sous réserve de conditions de marché favorables. Mais le message de S&P est clair : le Cameroun reste un pari risqué. La transition politique à venir est le facteur déterminant qui fera basculer la perception du risque, pour les marchés comme pour les partenaires multilatéraux.
Les capitales occidentales et du Golfe, de plus en plus actives dans le financement des infrastructures africaines, suivent la situation avec une attention toute particulière. Une transition ordonnée est désormais la condition sine qua non pour maintenir l’accès aux marchés internationaux de capitaux.