Procès Norbert Zongo : nouveau report au Burkina Faso après un pourvoi

Procès Norbert Zongo : la justice burkinabè face à un nouveau contretemps procédural

Plus de vingt-sept ans après l’assassinat tragique du journaliste Norbert Zongo et de trois de ses compagnons, le Burkina Faso voit une fois de plus s’éloigner la perspective d’un procès historique. Un pourvoi en cassation, introduit par la défense de l’un des accusés, vient en effet de suspendre le processus judiciaire, alors même que la chambre de l’instruction venait de confirmer le renvoi des mis en cause devant une juridiction de jugement.
Un pourvoi en cassation qui rebat les cartes
Le 31 juillet 2026, Me Paul Kéré, avocat de Yaro Banagoulo, a introduit un recours devant la Cour de cassation contre l’arrêt rendu la veille par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Ouagadougou. Cette décision intervient après confirmation, le 30 juillet, du renvoi de trois accusés devant les tribunaux pour leur implication présumée dans les faits.
Les trois hommes désormais renvoyés devant la justice sont Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ; Banagoulo Yaro, mis en cause pour complicité d’assassinat et destruction volontaire aggravée de biens ; et Paul François Compaoré, visé pour incitation à la commission d’un assassinat.
Ce pourvoi ouvre une nouvelle phase dans ce dossier complexe, repoussant mécaniquement l’échéance du procès. Le procureur général de Ouagadougou a d’ores et déjà assuré que les autorités judiciaires s’attacheraient à mener l’affaire à son terme « dans les meilleurs délais et dans le strict respect des procédures en vigueur ».
Un dossier chargé d’histoire et de symboles
L’affaire Norbert Zongo, journaliste et directeur de L’Indépendant, reste gravée dans la mémoire collective du Burkina Faso. Son assassinat, survenu le 13 décembre 1998 sur la route de Sapouy, à une centaine de kilomètres au sud de Ouagadougou, a marqué un tournant dans l’histoire du pays. Son frère Ernest, son chauffeur Abdoulaye Nikiéma (surnommé Ablassé) et son collaborateur Blaise Ilboudo ont également trouvé la mort dans cet attentat.
À l’époque des faits, Norbert Zongo enquêtait sur la mort suspecte de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président en exercice Blaise Compaoré. Ce lien présumé entre l’enquête du journaliste et les cercles du pouvoir a conféré à cette affaire une dimension politique majeure, devenue au fil des années un symbole de la lutte contre l’impunité au Burkina Faso.
Des années d’atermoiements judiciaires
Le parcours judiciaire de cette affaire a été marqué par de longues périodes d’attente. En 2006, un non-lieu avait été confirmé, suscitant une vague de protestations parmi la famille de la victime, les défenseurs des droits humains et une partie de la société civile burkinabè. La procédure n’a repris son cours qu’après la condamnation du Burkina Faso par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 2014, qui avait pointé du doigt les lenteurs et les insuffisances de la justice nationale avant d’ordonner la reprise des investigations en juin 2015.
Plus de vingt-sept ans après les faits, le procès Norbert Zongo demeure l’un des dossiers les plus emblématiques du Burkina Faso. Il incarne, aux yeux de nombreux citoyens, le combat inachevé pour la justice et la liberté de la presse dans le pays.