Mobilisation populaire en RDC face au projet de troisième mandat de Félix Tshisékédi
Mobilisation massive contre la révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo
La capitale Kinshasa a connu un ralentissement exceptionnel de son activité économique le 3 juin dernier. Cette paralysie, orchestrée par l’opposition et la société civile regroupées au sein de la Coalition C64, visait à protester contre le projet de révision constitutionnelle porté par le président Félix Tshisékédi. Ce dernier envisage de briguer un troisième mandat, une initiative qui suscite de vives tensions dans un pays déjà fragilisé par des défis majeurs.
Une journée « ville morte » couronnée de succès
L’appel à la mobilisation a été largement suivi : commerces fermés, rues désertes et une ville métamorphosée en un paysage inhabituel de calme. Ce succès inattendu pour une première action collective démontre la détermination des opposants à contrer les ambitions politiques du chef de l’État congolais. Pourtant, malgré cette pression populaire, Félix Tshisékédi semble déterminé à poursuivre sa démarche, privilégiant une approche référendaire pour légitimer sa candidature.
Un rapport de forces décisif pour l’avenir constitutionnel
La réussite ou l’échec de la révision constitutionnelle dépendra largement de l’équilibre des forces en présence. Le pouvoir actuel mise sur le soutien de certains leaders religieux, qui appellent à une contre-manifestation le 5 juin pour appuyer le projet présidentiel. Cette stratégie révèle une volonté de contrebalancer la mobilisation populaire par une démonstration de force institutionnelle.
L’histoire récente de la RDC offre un précédent édifiant : en 2018, une mobilisation similaire avait contraint l’ancien président Joseph Kabila à renoncer à un troisième mandat, avant qu’il ne choisisse un successeur qui fut finalement battu lors des élections. Félix Tshisékédi, qui fut lui-même un opposant à cette époque, semble aujourd’hui reproduire les mêmes schémas politiques qu’il critiquait autrefois.
Des priorités nationales ignorées au profit d’ambitions personnelles
Alors que la RDC fait face à une crise sécuritaire majeure dans sa partie orientale, où des groupes armés défient l’autorité de Kinshasa, ainsi qu’à une épidémie d’Ebola persistante, le projet de révision constitutionnelle apparaît comme une distraction supplémentaire. Des voix influentes, notamment au sein du clergé congolais, avaient pourtant interpellé le président Tshisékédi pour qu’il engage un dialogue national urgent. Aucune réponse concrète n’a été apportée à cet appel, alimentant les suspicions d’une stratégie de contournement des institutions démocratiques.
Cette situation soulève une question cruciale : pourquoi un dirigeant, arrivé au pouvoir avec des promesses de changement, semble-t-il aujourd’hui s’engager dans une voie qui risque d’aggraver les divisions internes ? En Afrique, l’histoire politique montre que les tentatives de maintien au pouvoir par des moyens constitutionnels détournés se heurtent souvent à une résistance populaire déterminée, avec des conséquences parfois dramatiques.
La balle est désormais dans le camp des Congolais. Leur capacité à maintenir la pression sur le pouvoir déterminera si Félix Tshisékédi parviendra à ses fins ou s’il devra, comme d’autres avant lui, battre en retraite face à la volonté collective.