L’onde de choc du Sahel : pourquoi la crise malienne résonne jusqu’en Europe

Le gouvernement militaire malien, soutenu par Moscou, se trouve dans une lutte acharnée pour sa survie. Des attaques coordonnées menées par des groupes jihadistes et touaregs ont coûté la vie au ministre de la Défense et contraint les mercenaires russes à se retirer du nord. Cette escalade suscite de vives inquiétudes quant à une potentielle vague migratoire vers l’Europe et à l’accélération d’une dégradation sécuritaire généralisée dans la région du Sahel.

Les récentes offensives ont mis en lumière la fragilité extrême de la junte au pouvoir, dont l’avenir est désormais incertain. Un Mali déstabilisé, aggravé par les répercussions du conflit en Iran, ne verra pas ses conséquences s’arrêter à ses frontières. Cela risque d’exacerber la crise sécuritaire déjà alarmante dans l’une des zones les plus instables du globe.

La propagation de l’insécurité à travers les frontières poreuses de l’Afrique de l’Ouest, menaçant même des démocraties stables comme le Sénégal et le Ghana, est une réalité tangible. La détresse engendrée par les insurgés dans des zones largement dépourvues de contrôle étatique forcera de nombreuses populations à l’exode.

Ce phénomène ne se produit pas isolément : les chocs sur les prix du carburant, liés au conflit iranien, aggraveront la crise économique malienne. La vie deviendra insoutenable pour beaucoup, le gouvernement de ce pays enclavé étant incapable de financer ses importations. Un grand nombre de personnes choisiront alors de chercher refuge à l’étranger. Les nations européennes doivent se préparer à une augmentation des flux migratoires depuis le Sahel, d’autant plus que la situation au Moyen-Orient plonge la zone euro dans une combinaison délétère de croissance faible et d’inflation élevée.

Il est crucial de comprendre que le Sahel, malgré son éloignement géographique, n’est pas une région isolée. Des millions de Maliens et de Burkinabè sont déjà établis au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Nombre d’autres se déplaceront vers ces anciennes colonies françaises dans les mois à venir pour fuir des conditions de vie infernales dans leur pays d’origine, intensifiant ainsi la concurrence sur le marché de l’emploi. D’ailleurs, les Maliens figurent déjà parmi les trois principales nationalités arrivant aux îles Canaries espagnoles, un point de transit essentiel pour les migrants africains se dirigeant vers l’Europe, selon l’agence européenne Frontex.

Le Mali est en proie à une crise persistante depuis plus de dix ans, confronté à une insurrection jihadiste, aux ravages du changement climatique sur les terres agricoles, et à l’effondrement quasi total de ses institutions étatiques après les coups d’État de 2020 et 2021. L’instabilité chronique de ces dernières années, combinée à l’échec des forces russes déployées suite au rejet des troupes françaises et européennes par le Mali, assombrit considérablement les perspectives à court terme.

Le retrait des forces russes d’une grande partie du nord du Mali risque de permettre aux groupes jihadistes d’établir des camps d’entraînement dans les vastes territoires laissés vacants. Cela ouvrirait la voie à une expansion accrue, un scénario particulièrement redouté par l’Algérie.

Un vide gouvernemental dans le nord profiterait aux trafiquants d’armes, de drogues et d’êtres humains, qui empruntent tous le Mali et le Niger voisin comme voies principales depuis l’Afrique subsaharienne vers la Libye, la Mauritanie et, in fine, l’Europe.

L’insurrection s’est étendue aux pays voisins, le Burkina Faso et le Niger, et les jihadistes progressent désormais vers les nations du golfe de Guinée, le Bénin et le Togo, qui sont bien plus intégrées au commerce mondial que les États enclavés du Sahel. Ces insurgés, qui opèrent avec une grande facilité, traversant les frontières et dominant de larges portions du territoire au Mali et au Burkina Faso, se sentent désormais suffisamment enhardis pour viser les capitales.

Pour l’heure, les jihadistes ne sont pas en mesure de prendre Bamako. L’on ignore si le gouvernement militaire malien pourra résister aux assauts, mais son contrôle sur le pays se limite désormais à la capitale. Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest et ceux d’Europe, à des milliers de kilomètres de distance, devraient accorder une attention particulière à cette situation.