La France rappelle ses diplomates du Burkina Faso sur fond de tensions diplomatiques accrues

Le Burkina Faso, sous la direction du chef de la junte militaire Ibrahim Traoré, a officiellement annoncé la rupture de ses liens diplomatiques avec Paris. Cette décision a entraîné le rappel de l’ensemble du personnel diplomatique français en poste au Burkina Faso, qui a regagné la France « en fin de semaine dernière ».

Ibrahim Traoré, le 10 mai 2025, à Moscou.

En réponse à cette initiative, le ministère français des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris. Il lui a été signifié, dans un principe de réciprocité, que le personnel diplomatique burkinabè devait également quitter le territoire français sous sept jours, l’échéance étant fixée à ce lundi soir.

Les autorités françaises ont exprimé leurs profonds regrets face à cette décision, la qualifiant d’« hostile et sans fondement », et y voyant une illustration de la « dérive préoccupante des autorités burkinabè ». Paris a affirmé en avoir tiré les conséquences nécessaires.

Le ministère des Affaires étrangères a également fermement démenti les allégations de soutien français aux groupes terroristes, des accusations formulées par Ouagadougou pour justifier la rupture des relations. Ces allégations sont jugées « complètement fausses » par la France.

La France a réitéré sa condamnation de toutes les attaques terroristes et des exactions commises contre les civils dans la région du Sahel, affirmant son soutien indéfectible aux populations, premières victimes de la crise actuelle. L’engagement de la France dans la lutte antiterroriste mondiale est bien connu, et le pays en a payé un lourd tribut. Dans ce contexte délicat, les ressortissants français sont appelés à une vigilance accrue. On estime à plus de 2 000 le nombre de Français inscrits au registre consulaire au Burkina Faso, tandis que plus de 6 000 ressortissants burkinabè vivent en France.

Une nouvelle orientation de la politique burkinabè

Le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, mène à Ouagadougou une politique résolument souverainiste. Cette orientation de la Burkina Faso diplomatie France se caractérise par une répression des voix critiques et une hostilité marquée envers les puissances occidentales, et la France en particulier. Le gouvernement burkinabè accuse Paris d’« activisme incessant » contre ses intérêts, tout en assurant que les relations entre les peuples ne sont pas impactées.

Dès 2023, peu après sa prise de fonction, la junte avait déjà exigé le rappel de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade. Elle avait également dénoncé un accord militaire avec Paris, entraînant le départ de l’armée française, pourtant engagée de longue date dans la lutte contre les groupes jihadistes qui fragilisent le pays depuis une décennie. Le régime a depuis multiplié les critiques envers la France et s’est tourné vers de nouveaux partenaires, notamment la Russie, la Turquie et l’Iran, marquant un tournant significatif dans la Burkina politique et ses alliances internationales.