Libreville – L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n’est plus seulement une question de diplomatie parisienne ou montréalaise. Aujourd’hui, son avenir se décide aussi à Nouakchott, à Libreville et dans d’autres capitales africaines déterminées à façonner un espace regroupant près de 90 États.
L’audience accordée ce lundi au président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema par la ministre mauritanienne de l’Environnement et du Développement durable, Messouda Baham Mohamed Laghdaf, en témoigne avec éloquence. Cette rencontre, bien que protocolaire en apparence, révèle une stratégie diplomatique double : renforcer les liens bilatéraux entre la Mauritanie et le Gabon, et préparer le terrain pour l’élection à venir du secrétaire général de l’OIF.
La Mauritanie mise sur une candidature africaine
Lors de cet entretien, l’envoyée spéciale mauritanienne a officiellement porté la candidature de la docteure Koumba Ba au poste de secrétaire générale de l’OIF. Cette proposition s’appuie sur trois piliers : une gouvernance cohérente, équilibrée et résolument orientée vers l’utilité concrète pour les États membres. Une approche qui répond aux nouvelles attentes des pays francophones, désormais tournées vers des enjeux comme la transition numérique, la formation des jeunes, l’innovation technologique et la souveraineté alimentaire.
Pour Nouakchott, l’objectif est clair : transformer la Francophonie en un outil d’accompagnement du développement, plutôt qu’en un simple symbole institutionnel. Une vision qui contraste avec les équilibres traditionnels de l’organisation.
Libreville s’impose comme un acteur clé
Cette initiative mauritanienne intervient à un moment où le Gabon, sous la direction de Brice Clotaire Oligui Nguema, renoue avec une diplomatie proactive en Afrique. Depuis son accession au pouvoir, le chef de l’État gabonais a multiplié les démarches pour repositionner Libreville comme un pôle de dialogue, de consensus et de coopération régionale. Une stratégie qui porte ses fruits, faisant du Gabon un partenaire recherché sur des dossiers continentaux majeurs.
Lors de cette rencontre, Oligui Nguema a réitéré son attachement à une gouvernance partagée et à la recherche du compromis. Une posture qui reflète l’image que le Gabon souhaite incarner : celle d’une nation ouverte au dialogue et à la construction collective.
Au-delà de la question de l’OIF, cette audience illustre aussi la volonté des deux pays de renforcer leur coopération dans des domaines stratégiques comme l’environnement, le développement durable et les échanges économiques.
L’Afrique, future architecte de la Francophonie
L’importance de cette séquence dépasse largement les relations entre le Gabon et la Mauritanie. Avec plus de 60 % des francophones vivant aujourd’hui en Afrique – un chiffre qui pourrait atteindre 85 % d’ici 2050 –, le continent détient l’avenir de la langue française et de l’OIF entre ses mains.
Cette réalité démographique impose une refonte des équilibres traditionnels. Plusieurs États africains exigent désormais une place plus importante dans les instances dirigeantes et une réorientation des priorités de l’organisation. La candidature soutenue par la Mauritanie s’inscrit dans cette dynamique, promouvant une Francophonie alignée sur les besoins réels des populations et capable d’accompagner le progrès économique, l’innovation et la formation des jeunes.
La rencontre entre Oligui Nguema et l’émissaire mauritanienne dépasse ainsi le cadre d’une simple audience diplomatique. Elle symbolise une recomposition silencieuse des rapports de force au sein de l’espace francophone. À travers cette candidature, la Mauritanie envoie un message sans ambiguïté : la Francophonie de demain ne pourra plus ignorer l’Afrique. Quant au Gabon, en accueillant cette initiative et en cultivant une diplomatie constructive, il confirme sa volonté de jouer un rôle central dans la définition des nouvelles architectures de coopération africaine.
Dans cette bataille d’influence discrète mais intense, la question n’est plus de savoir si l’Afrique doit compter dans la Francophonie, mais bien quelle vision du continent façonnera son prochain chapitre.
