Diplomatie algéro-malgache : la reprise des relations après une crise de 15 mois
drapeaux Algérie et Mali entrelacés symbolisant la reprise des relations diplomatiques

Un tournant historique vient d’être acté entre l’Algérie et le Mali : après quinze longs mois de tensions diplomatiques, les deux pays ont officialisé la réouverture de leur espace aérien et le retour imminent de leurs ambassadeurs à leurs postes respectifs.

Cette annonce, publiée simultanément par les gouvernements d’Alger et de Bamako, met fin à une crise qui pesait lourdement sur la coopération régionale, notamment dans la lutte antiterroriste au Sahel.

Les mesures de rétorsion réciproques sont désormais levées. Les vols, qu’ils soient civils ou militaires, peuvent à nouveau emprunter l’espace aérien algéro-malgache, tandis que les diplomates des deux nations s’apprêtent à reprendre leur mission sur le terrain.

Un incident frontalier qui a embrasé les relations

Tout a basculé à la frontière algéro-malgache le 31 mars 2025. Ce jour-là, les forces de défense algériennes interceptent un drone militaire turc opéré par l’armée malienne près de Tinzaouaten, une localité frontalière située dans la région de Kidal. Cette zone, réputée pour sa complexité géopolitique, est un bastion historique des mouvements séparatistes touaregs en opposition avec le pouvoir central de Bamako.

Selon les autorités algériennes, les données radar confirmaient une violation de l’espace aérien national. Une affirmation catégoriquement rejetée par la junte militaire malienne, qui a dénoncé une opération sans fondement et qualifié l’acte d’« agression délibérée ».

La dispute a rapidement pris une dimension régionale :

  • Unis par la solidarité sahelienne : Fort de l’appui de ses partenaires de la Confédération des États du Sahel (composée du Niger et du Burkina Faso), le Mali a rappelé son ambassadeur en signe de protestation, évoquant une « violation inacceptable de l’espace confédéral ».
  • Réponse immédiate d’Alger : Le gouvernement algérien a riposté en fermant son espace aérien aux vols en provenance et à destination du Mali. Dans le même temps, les diplomates algériens présents à Bamako ont été rappelés pour consultations.

Une fracture aux conséquences sécuritaires

Au fil des mois, la crise s’est muée en un conflit diplomatique aux répercussions multiples. En septembre 2024, le Mali a porté l’affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant l’Algérie d’avoir sciemment abattu le drone pour entraver ses opérations contre les groupes armés. Parallèlement, Bamako a décidé de se retirer du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), une structure clé de la coordination antiterroriste au Sahel, initialement impulsée par Alger.

Un rôle historique d’Alger dans le Sahel : Pendant plus de dix ans, l’Algérie a joué un rôle central de médiateur dans le conflit opposant Bamako aux mouvements touaregs, notamment à travers les accords d’Alger signés en 2015.

Un contexte géopolitique en pleine mutation

Cette reprise des relations survient dans un environnement régional profondément transformé depuis les coups d’État de 2020 et 2021 au Mali. Les juntes au pouvoir à Bamako, Niamey et Ouagadougou ont progressivement tourné le dos à leurs partenaires traditionnels, comme la France ou l’Algérie, pour se rapprocher de la Russie. Sur le terrain, la situation sécuritaire reste alarmante : le Mali est en proie depuis 2012 à une insurrection djihadiste liée à Al-Qaïda et à l’État islamique. Ces derniers mois, la pression s’est intensifiée, avec des attaques simultanées menées par les groupes terroristes et les factions séparatistes touaregs. Dans ce contexte, le rétablissement du dialogue entre Alger et Bamako pourrait s’avérer déterminant pour la stabilité de l’ensemble du Sahel.