Crise en Ituri : la CRP/FRP de Thomas Lubanga reste isolée malgré ses ambitions
Crise en Ituri : la CRP/FRP de Thomas Lubanga peine à rallier un large soutien malgré ses ambitions
La Convention pour la révolution populaire/Forces pour la révolution populaire (CRP/FRP), dirigée par Thomas Lubanga, figure controversée de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), continue de faire face à un isolement persistant. Malgré ses tentatives pour s’aligner sur la dynamique régionale en affichant son soutien à l’AFC/M23, aucun partenariat officiel n’a encore été concrétisé entre ces mouvements.
Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC souligne que la CRP/FRP, créée officiellement le 10 janvier 2025, maintient une posture clairement antigouvernementale. Son objectif affiché reste l’autonomie régionale, mais son influence peine à s’étendre au-delà de sa base initiale. Selon les experts, Thomas Lubanga a publiquement manifesté son soutien à l’AFC/M23 en juillet 2025, sans pour autant obtenir de reconnaissance officielle de cette alliance.
Le rapport onusien révèle également que la cohésion interne de la CRP/FRP est fragilisée par des défections récentes au sein de sa direction. En novembre 2025, l’effectif des combattants était estimé à environ 300, mais il aurait presque triplé depuis, atteignant près de 1 000 membres. La majorité des recrues proviennent de la communauté Hema, tandis qu’une minorité est issue des rangs du groupe Zaïre. Certains combattants ont été recrutés dans les camps de personnes déplacées en Ituri ou dans les camps de réfugiés en Ouganda.
Une base sociale et militaire encore limitée
Malgré une croissance numérique, la CRP/FRP peine à rallier un soutien significatif parmi les autres groupes armés et les communautés locales de l’Ituri. Innocent Kaina, visé par des sanctions internationales, a collaboré avec le mouvement en recrutant d’anciens combattants du M23 dans les camps de réfugiés en Ouganda. Cependant, les tentatives de recrutement auprès des jeunes Lendu n’ont pas abouti, limitant ainsi son ancrage territorial.
La CRP/FRP se présente comme un mouvement de « changement » face à la mauvaise gouvernance en RDC, dénonçant notamment la corruption, le tribalisme et l’inefficacité de l’État à assurer la sécurité des populations. Dans un communiqué, le mouvement évoque la situation dramatique en Ituri, marquée par des milliers de morts, des déplacements massifs de populations et des violations massives des droits humains. Pourtant, malgré ce discours mobilisateur, son influence reste marginale.
Un passé judiciaire lourd de conséquences
Le parcours de Thomas Lubanga pèse lourdement sur la crédibilité de la CRP/FRP. Condamné en 2012 par la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir enrôlé des enfants soldats, il a purgé une peine de 14 ans avant d’être libéré en 2020. Malgré sa participation à une task force présidentielle chargée de sensibiliser les populations de l’Ituri à la paix, ses initiatives n’ont pas abouti. Son élection comme député de l’Ituri a même été invalidée par la justice.
Alors que la CRP/FRP tente de se repositionner sur la scène politique et militaire de l’est de la RDC, son incapacité à fédérer au-delà de sa base actuelle soulève des questions sur sa viabilité à long terme. Dans une région marquée par des décennies de conflits et de rivalités intercommunautaires, l’absence de coopération officielle avec des acteurs majeurs comme l’AFC/M23 pourrait condamner le mouvement à un rôle marginal.