Conflits dans l’est de la RDC : l’AFC/M23 minée par des luttes internes et des ambitions politiques

L’est de la RDC sous tension : l’AFC/M23 confrontée à ses propres divisions

L’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), active dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, fait face à des tensions internes persistantes entre ses branches politique et militaire, selon le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo. Ce document, rendu public début juillet 2026, révèle des désaccords profonds sur l’expansion militaire et la gestion des ressources, mettant en lumière les ambitions rivales de certains de ses dirigeants.

Une direction politique et militaire en proie aux divisions

Le commandement militaire de l’AFC/M23 reste sous l’autorité du « général » Sultani Makenga, dont la position est de plus en plus contestée au sein du mouvement. Cette instabilité au sommet s’accompagne de luttes d’influence entre les figures politiques, dont Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), et Bertrand Bisimwa, qui conservent la direction politique du groupe.

Le rapport souligne que ces dirigeants reçoivent toujours des instructions et un soutien logistique du gouvernement rwandais et de ses services de renseignement. Malgré cela, les tensions persistent quant à l’orientation stratégique du mouvement, notamment sur la question d’une éventuelle extension des opérations militaires au-delà des frontières actuelles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Des ambitions politiques qui alimentent les rivalités

Selon les experts onusiens, plusieurs personnalités politiques de premier plan, dont Corneille Nangaa et d’autres figures proches de l’ancien président Joseph Kabila, nourriraient l’ambition de s’emparer du pouvoir à Kinshasa. Cependant, cette vision est loin de faire l’unanimité au sein de l’AFC/M23, où la majorité des dirigeants s’opposent catégoriquement à toute expansion militaire en dehors des deux provinces de l’est.

Les divergences portent également sur l’accès aux ressources naturelles et leur répartition au sein du mouvement. Certaines sources évoquent des griefs liés à un traitement préférentiel accordé aux officiers et combattants tutsis, alimentant un climat de méfiance et de rivalité entre les différentes factions.

Une organisation militaire fragmentée et des effectifs en question

Le rapport estime les effectifs de l’AFC/M23 à environ 30 000 combattants, un chiffre obtenu en additionnant le « noyau dur » du M23 historique, les anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), ainsi que des recrues mobilisées depuis 2021, notamment parmi la diaspora et les camps de réfugiés au Rwanda.

L’organisation militaire de l’AFC/M23 est structurée en trois « zones de défense » :

  • La première zone, couvrant les territoires de Nyiragongo, Rutshuru et Lubero, est dirigée par le « général » Baudoin Ngaruye ;
  • La deuxième zone, incluant Masisi et Walikale, est sous le commandement du « général de brigade » Justin Gacheri Musanga ;
  • La troisième zone, correspondant au Sud-Kivu, est placée sous l’autorité du « général » Innocent Byamungu.

Parmi ces combattants figurent également des éléments issus de promotions récentes des Forces armées de la RDC (FARDC), de la Police nationale congolaise et des groupes Wazalendo, capturés ou ayant rejoint l’AFC/M23 après la chute de Goma.

Une situation sécuritaire qui se dégrade malgré les accords

Ce rapport intervient alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC continue de se détériorer, malgré la signature de l’Accord de Washington et la tenue de plusieurs réunions d’évaluation. Les tensions entre Kinshasa et Kigali persistent, chaque partie interprétant différemment les dispositions de cet accord, ce qui en complique la mise en œuvre un an après sa signature.

De même, le processus de Doha, placé sous l’égide du Qatar, peine à aboutir. Malgré plusieurs cycles de discussions, les positions de Kinshasa et de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, restent éloignées sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux en Suisse, destinée à relancer ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés, et la détérioration de la situation au Moyen-Orient a relégué ce dossier au second plan, retardant davantage les efforts de médiation.

Ces divisions internes et ces tensions persistantes illustrent la complexité de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, où les ambitions politiques, les rivalités militaires et les enjeux économiques se mêlent pour aggraver une situation déjà critique.