Cameroun : pourquoi le conseil supérieur de la magistrature doit siéger sans tarder
Cameroun : pourquoi le conseil supérieur de la magistrature doit siéger sans tarder
La justice camerounaise traverse une crise sans précédent. L’absence prolongée du Conseil supérieur de la magistrature, instance clé pour l’indépendance du système judiciaire, menace directement l’État de droit et la confiance des citoyens dans les institutions. Après six ans d’inactivité, cette situation exige une réaction immédiate.
une institution cruciale paralysée depuis 2020
Le Conseil supérieur de la magistrature n’a plus siégé depuis août 2020, soit près de six ans. Pourtant, cette instance constitutionnelle a pour mission de gérer les carrières des magistrats, veiller à leur discipline, assurer leur intégration et garantir l’éthique professionnelle. Son dysfonctionnement prolongé a des conséquences dramatiques sur le système judiciaire camerounais.
Le président Paul Biya a récemment signé un décret renouvelant dix des quatorze membres du Conseil, dont les mandats étaient expirés depuis un an. Une décision saluée par certains, mais qui ne suffit pas à rétablir le fonctionnement normal de cette institution.
un vide juridique aux conséquences alarmantes
Me Felix Nkongo Agbor Balla, avocat et défenseur des droits humains, alerte depuis plusieurs mois sur les risques engendrés par cette paralysie institutionnelle. Selon lui, la situation actuelle porte atteinte à plusieurs principes fondamentaux :
- L’intégration des nouveaux magistrats : les diplômés de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) depuis 2020 n’ont toujours pas été officiellement intégrés au corps judiciaire. Résultat, ils ne peuvent ni prêter serment ni exercer leur fonction, créant un déficit criant de magistrats dans les tribunaux.
- La surcharge des juridictions : les tribunaux camerounais sont submergés par des dossiers en retard, et les détentions prolongées sans jugement se multiplient.
- L’accès inégal à la justice : de nombreux postes de magistrats sont vacants, faute de nominations régulières. Cette situation favorise des désignations contestables, notamment dans les juridictions administratives.
- L’impunité et la corruption : sans contrôle disciplinaire efficace, les fautes professionnelles des magistrats restent impunies, tandis que les pratiques corruptrices prospèrent dans l’ombre.
« Le Cameroun fait face à une pénurie critique de magistrats, entraînant des retards généralisés dans l’administration de la justice. Cette situation affaiblit la confiance des citoyens et fragilise l’État de droit », explique Me Agbor Balla.
des nominations récentes, mais insuffisantes
Le décret présidentiel du 2 juin 2026, qui reconduit dix membres du Conseil, marque une tentative de relance. Cependant, cette mesure isolée ne saurait compenser six ans d’inaction. L’avocat insiste : « Il est urgent que le Conseil supérieur de la magistrature se réunisse au moins deux fois par an, comme le prévoit la Constitution, pour rétablir la légitimité du système judiciaire ».
Les observateurs s’interrogent : pourquoi cette institution, vitale pour la démocratie, reste-t-elle en veille ? Les citoyens camerounais attendent des réponses concrètes, et surtout, une action immédiate.
un appel à l’action
La tenue du Conseil supérieur de la magistrature n’est pas une option, mais une obligation constitutionnelle. Son fonctionnement régulier permettrait de :
- Résoudre l’intégration des nouveaux magistrats.
- Lutter contre les retards judiciaires et les détentions arbitraires.
- Garantir l’indépendance de la justice.
- Rétablir la confiance des citoyens dans les institutions.
Sans cette mobilisation, le Cameroun risque de s’enliser dans une crise judiciaire dont les répercussions pourraient dépasser le cadre juridique pour toucher l’ensemble de la société.
La balle est désormais dans le camp des autorités. Le temps presse.