Cameroun : accord ferroviaire Edéa-Kribi pour booster les exportations

Une étape décisive est franchie ce jeudi à Yaoundé pour le corridor ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo. L’État camerounais, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de Canyon Resources, signeront un mémorandum d’entente à l’hôtel Starland, sous la présidence du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe. Ce protocole vise à structurer les discussions autour d’une infrastructure stratégique, permettant de relier le réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi et aux futurs flux miniers d’exportation.

Un projet phare pour la logistique nationale

Ce corridor ferroviaire s’inscrit dans une vision plus large de réorganisation de la chaîne logistique camerounaise, articulée autour du rail, des ports et des ressources minières. Le tracé Edéa–Kribi–Campo, long de 184,5 km, s’ajoute à un autre tronçon prévu entre Douala et Idénau. Depuis 2021, les autorités camerounaises préparent activement ce projet, qui vise à renforcer la compétitivité des corridors d’exportation et à désenclaver le Sud du pays.

Le partenariat public-privé envisagé couvrirait l’ensemble du cycle du projet : études, financement, construction, exploitation et maintenance. Cependant, aucune décision finale d’investissement n’est attendue pour l’instant. Plusieurs aspects restent à préciser, notamment le linéaire exact, le phasage des travaux, le budget global, la durée de la concession et le calendrier de mise en service. Pour Yaoundé, l’enjeu est de taille : valoriser les ressources naturelles et positionner Kribi comme un hub d’exportation majeur, face aux limites de Douala.

Kribi, futur cœur des exportations minières

Le port de Kribi, seul port en eau profonde du Cameroun, pourrait enfin exploiter pleinement son potentiel grâce à cette liaison ferroviaire. Actuellement, ses capacités sont limitées par l’absence de dessertes terrestres efficaces. Une connexion ferrée entre Kribi et les zones minières de l’Adamaoua permettrait d’écouler des volumes bien supérieurs à ceux traités par Douala, souvent entravée par les contraintes nautiques de l’estuaire du Wouri.

Camalco, impliquée dans l’exploitation du gisement de bauxite de Minim Martap, apporte une dimension minière majeure à ce projet. Les réserves prouvées atteignent 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. À long terme, les ressources totales sont estimées à 1,102 milliard de tonnes. Une évacuation ferroviaire robuste s’avère donc indispensable pour acheminer ces volumes vers les terminaux portuaires et les navires minéraliers.

Camalco sécurise la chaîne d’évacuation

À court terme, le schéma logistique de Canyon Resources repose encore sur Douala. Pour renforcer cette infrastructure, Camalco a investi 9,852 milliards de FCFA afin d’augmenter sa participation dans Camrail, le concessionnaire du réseau ferré, passant de 9,1 % à 26,9 %. Parallèlement, la filiale a injecté 347,447 millions de FCFA dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs se poursuivent avec l’Inland Rail Facility et les infrastructures portuaires, tandis que les premières locomotives sont attendues fin 2026, suivies des wagons en juillet. La première expédition de bauxite est prévue pour le troisième trimestre 2026.

Cependant, les contraintes de Douala, notamment nautiques, alourdissent les coûts unitaires pour les flux minéraliers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait une alternative directe vers un port en eau profonde, réduisant la dépendance à l’actuel schéma logistique. Pour le Cameroun, ce projet combine désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et renforcement du rôle de Kribi dans les échanges internationaux.

Plusieurs incertitudes persistent, notamment sur le coût global, la répartition des risques entre partenaires, ainsi que les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces éléments seront déterminants pour attirer les investisseurs et garantir la viabilité économique du projet. La signature du mémorandum à Yaoundé marque nevertheless le retour du corridor ferroviaire dans les grands chantiers structurants du pays, ouvrant la voie à une future architecture logistique intégrée.