Mariama Sonko : la pionnière qui redonne du pouvoir aux femmes rurales au Sénégal
Une leader engagée pour la souveraineté alimentaire au Sénégal
Dans la région de Casamance, au sud du Sénégal, Mariama Sonko incarne une révolution silencieuse. Depuis plus de trois décennies, cette figure inspirante œuvre pour l’émancipation économique des femmes à travers l’agriculture et l’agroécologie. Née dans une famille de paysannes, elle préside aujourd’hui le mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui fédère plus de 800 associations réparties dans huit pays d’Afrique de l’Ouest.
L’agriculture au cœur de l’autonomie féminine
Pour Mariama Sonko, la clé de la souveraineté alimentaire africaine réside entre les mains des femmes rurales. Elle dénonce avec force les dépendances imposées par les multinationales semencières. « Si nous ne nous organisons pas, demain nous serons des étrangères chez nous, » déclare-t-elle avec conviction. Son combat ? Recréer un capital semencier local, essentiel pour la vie et l’indépendance des communautés africaines. À 59 ans, cette militante porte son engagement depuis plus de deux décennies, alliant vêtements amples et pratiques agricoles durables.
Un parcours semé d’embûches et de détermination
Son enfance en Casamance a forgé sa détermination. Petite-fille et fille de paysannes, elle a grandi avec la certitude que les femmes devaient avoir accès à la terre, malgré les lois théoriquement favorables. « Ce qui me révoltait, c’était la pression exercée sur les femmes, raconte-t-elle. Je ne supportais pas cette injustice. »
La perte de son père a marqué un tournant. Mariama a vu sa mère lutter pour nourrir dix enfants. Cette épreuve l’a poussée à interrompre ses études en classe de première. « On m’a forcée à me marier, comme si la place de la femme était uniquement au foyer, se souvient-elle. Mais cela n’a fait que renforcer ma détermination. »
À 19 ans, elle obtient le droit de cultiver une parcelle avec d’autres femmes. Trois ans plus tard, elles sont expulsées. Refusant de baisser les bras, Mariama se bat pour acquérir sa propre terre. Dix ans de persévérance portent leurs fruits : elle devient propriétaire d’une ferme expérimentale près de Ziguinchor. Sans pesticides, reposant uniquement sur des semences locales, cette exploitation emploie trente femmes. « Aujourd’hui, plus de cent femmes possèdent un compte bancaire individuel et épargnent. Elles diversifient leurs activités pour augmenter leurs revenus. Cela me remplit de fierté », confie-t-elle.
Une militante qui rayonne en Afrique de l’Ouest
Son engagement ne se limite plus à la Casamance. Mariama Sonko sillonne désormais l’Afrique de l’Ouest pour promouvoir l’agroécologie et la préservation des semences locales. Son mouvement, Nous sommes la solution, compte 800 associations membres dans dix pays, fédérant près de 200 000 femmes, majoritairement analphabètes. « Quand je suis avec ces femmes, je mesure les progrès accomplis. Cela me remplit de fierté, s’enthousiasme-t-elle.
Son parcours illustre une réalité souvent ignorée : l’autonomisation des femmes rurales est un pilier essentiel pour l’avenir alimentaire du continent. À travers son action, Mariama Sonko offre un modèle d’espoir et de résilience pour les générations futures.