Burkina Faso : 104 milliards pour l’énergie, mais des arriérés envers la Côte d’Ivoire persistent

Le Burkina Faso affiche une ambition renouvelée dans le secteur de l’énergie. Le gouvernement a approuvé une enveloppe de 104,175 milliards de francs CFA pour moderniser les infrastructures de transport et de distribution électrique, raccorder plus de 250 000 foyers et viser un taux d’électrification de 70 % à l’horizon 2030. Cette initiative s’inscrit dans le Pacte national de l’énergie et le plan RELANCE 2026-2030.
Une annonce ambitieuse aux contours financiers incertains
Sur le papier, la promesse est séduisante. Pourtant, une interrogation demeure : comment le Burkina compte-t-il financer cette nouvelle ambition alors que ses finances publiques restent sous tension ? La question n’est pas anodine, car le pays doit déjà faire face à des engagements financiers accumulés.
Des arriérés envers la Côte d’Ivoire
Selon un rapport récent du Fonds monétaire international, le Burkina Faso accuse 52,6 millions de dollars d’arriérés envers la Côte d’Ivoire, soit plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Le FMI qualifie ces sommes d’arriérés extérieurs hérités, sans les limiter aux seules importations d’électricité. Cette précision ne dissipe pas la difficulté de fond : un État qui veut renforcer sa souveraineté énergétique doit aussi honorer ses dettes envers ses partenaires.
Un contexte régional sous pression
La Côte d’Ivoire occupe une place centrale dans les échanges électriques en Afrique de l’Ouest. Les documents de la Banque africaine de développement mentionnent des arriérés de paiement des pays importateurs, qui fragilisent l’équilibre financier du secteur ivoirien. En 2023, les créances à l’export de CI-ENERGIES s’élevaient à 130,021 milliards de francs CFA, dont 106,288 milliards imputables au Mali. Dans ce climat régional tendu, la question n’est plus celle de l’effet d’annonce, mais celle de la discipline financière.
Les défis d’une souveraineté énergétique crédible
Promettre plus de 104 milliards pour électrifier le pays est légitime, voire nécessaire. Mais la souveraineté énergétique ne se décrète pas. Elle exige des centrales, des réseaux, des investissements, des fournisseurs payés et des comptes publics solides. Le Burkina Faso présente désormais la réduction de sa dépendance énergétique comme une priorité stratégique. Son Pacte national de l’énergie prévoit d’améliorer la viabilité financière du secteur et de mobiliser massivement des investissements.
Le véritable enjeu n’est donc pas de promettre 104 milliards, mais de démontrer que ces fonds seront effectivement mobilisés, que les infrastructures verront le jour et que les arriérés déjà accumulés seront réglés. Une souveraineté énergétique durable repose sur la confiance des partenaires, la solidité de la trésorerie publique et le respect des engagements contractuels.
Une contradiction à surmonter
À force de présenter chaque nouveau financement comme une preuve d’indépendance, le pouvoir d’Ibrahim Traoré risque de masquer une contradiction : on ne peut pas prétendre bâtir une autonomie énergétique tout en laissant des arriérés fragiliser les relations avec les pays dont l’électricité et les infrastructures régionales font encore fonctionner le système. La vraie souveraineté énergétique commencera lorsque le Burkina sera capable de produire davantage, de dépendre moins des importations et, surtout, de payer ses factures et d’honorer ses engagements. C’est à cette condition que les milliards annoncés pourront devenir une véritable politique énergétique durable, et non une simple promesse politique.