Amnesty International dénonce le durcissement du régime militaire au Niger

Près de dix-huit mois après le renversement du président élu Mohamed Bazoum lors du putsch du 26 juillet 2023, la junte militaire au pouvoir à Niamey renforce son contrôle sur le pays. Dans un rapport publié le 18 mars, l’organisation Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur une dégradation préoccupante des libertés fondamentales. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas : les droits humains et l’espace civique sous pression depuis le coup d’État du 26 juillet », ce document recense de multiples violations commises entre l’été 2023 et le début de l’année 2025.

Le CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie), qui avait initialement justifié sa prise de pouvoir par la nécessité de restaurer la sécurité et la bonne gouvernance, semble s’éloigner de ses promesses initiales de respecter l’État de droit. En étouffant la contestation et en ciblant les anciens cadres de l’administration Bazoum, les autorités militaires accentuent les fractures sociales au sein de la population nigérienne.

Une remise en cause profonde de l’État de droit

Le général Abdourahamane Tiani avait pourtant assuré, à son arrivée, que les engagements internationaux du Niger en matière de droits humains seraient honorés. Toutefois, le constat dressé par Amnesty International est sans appel. « Malgré les assurances données, les droits fondamentaux sont bafoués tant dans les textes que dans les faits », souligne Marceau Sivieude, responsable régional de l’ONG. La suspension de la Constitution de 2010 et la dissolution d’institutions clés, comme la Commission nationale des droits de l’homme, ont laissé le champ libre à un mode de gouvernance par ordonnances restrictives.

Parmi les outils de cette répression, le rétablissement en juillet 2024 de la loi de 2019 sur la cybercriminalité permet d’emprisonner des citoyens pour de simples critiques en ligne, sous couvert de lutte contre la diffamation ou le trouble à l’ordre public. Plus radical encore, un décret d’août 2024 autorise désormais le fichage de personnes suspectées d’activités terroristes, entraînant le gel de leurs biens et, dans certains cas, la déchéance de leur nationalité. Déjà 21 personnalités, dont d’anciens ministres, ont été frappées par cette mesure, les plaçant parfois dans une situation d’apatridie.

La société civile et les médias sous haute tension

Le pluralisme politique est aujourd’hui au point mort au Niger, les partis étant officiellement suspendus. Parallèlement, les services de renseignement sont accusés de mener des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. Moussa Tchangari, figure majeure de la société civile, a été violemment interpellé en décembre 2024 et fait face à des accusations d’apologie du terrorisme, risquant une lourde peine de prison.

Cette atmosphère de peur est alimentée par une rhétorique qui oppose les « patriotes » soutenant la junte aux « apatrides » qui osent émettre des réserves. « Nous évoluons dans un régime d’exception où toute voix critique est perçue comme une menace », déplore un acteur associatif local. Les médias ne sont pas épargnés : après la suspension de RFI, France 24 et de la BBC, la presse nationale subit une surveillance accrue. La Maison de la presse a été placée sous la tutelle d’un comité désigné par le pouvoir, poussant de nombreux journalistes vers l’autocensure.

Une réorientation stratégique et régionale

Sur le plan diplomatique, le Niger s’est éloigné de ses partenaires traditionnels. Aux côtés du Mali et du Burkina Faso, il a formé l’Alliance des États du Sahel (AES) et a acté son retrait de la CEDEAO. Plus récemment, le 17 mars, ces trois pays ont annoncé leur départ de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquant une rupture nette avec les instances qui réclamaient la libération de Mohamed Bazoum.

L’avenir politique du pays s’inscrit désormais dans la durée pour les militaires. Les récentes assises nationales ont suggéré une période de transition de cinq ans, ouvrant même la voie à une candidature des dirigeants actuels aux futurs scrutins. Cette perspective semble confirmer un ancrage durable du pouvoir militaire au détriment d’un retour rapide aux principes démocratiques.