Abidjan : l’afrique veut exploiter ses minéraux critiques pour booster son économie
Abidjan a accueilli une conférence ministérielle d’envergure réunissant les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires internationaux. L’objectif ? Transformer ces ressources stratégiques en un moteur de développement économique, industriel et social pour le continent. Les discussions ont porté sur la création de valeur locale, le renforcement des financements et l’émergence de chaînes de valeur régionales adaptées à la demande mondiale en forte croissance.
Abidjan, capitale d’une stratégie minière africaine ambitieuse
Des ministres africains des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et de l’Économie verte, ainsi que des représentants de la Commission de l’Union africaine, de la ZLECAf, de la CEA et d’institutions financières internationales, se sont retrouvés pour redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources naturelles. Leur ambition : exploiter pleinement les immenses réserves de minéraux critiques du continent au service d’un développement durable et inclusif.
Un « changement de paradigme » pour une gestion autonome des ressources
Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a lancé un appel fort lors de l’ouverture des travaux. Il a souligné la nécessité d’une refonte totale de la gestion des ressources naturelles africaines pour que le continent en tire pleinement profit. « Cette conférence vise à instaurer un nouveau partenariat permettant à l’Afrique de mieux contrôler ses ressources et d’en faire bénéficier directement sa population », a-t-il déclaré.
Pour lui, la priorité réside dans la transformation locale des matières premières afin d’accroître leur valeur ajoutée. Il a également insisté sur la nécessité de réformer le financement du développement en Afrique. « Le continent compte plus de 100 institutions de financement, mais leur impact combiné ne représente que 1 % du bilan mondial. Il est urgent de les consolider et de les recapitaliser », a-t-il expliqué.
Le président de la BAD a aussi mis en avant l’importance des infrastructures résilientes et des industries locales pour une exploitation minière plus rentable et durable.
La Côte d’Ivoire mise sur son potentiel minier pour 2030
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a rappelé l’importance d’une solidarité continentale renforcée. « Transformer ces ressources en richesses durables et en prospérité partagée est un défi majeur. Aucun pays ne peut y parvenir seul. Nous devons collaborer pour créer des chaînes de valeur régionales », a-t-il affirmé.
Il a également souligné le potentiel minier exceptionnel de la Côte d’Ivoire, où près des trois quarts du territoire pourraient abriter des minéraux critiques. Ce secteur est un pilier de la vision du président Alassane Ouattara, qui vise à faire du pays une nation à revenu intermédiaire d’ici 2030. Pour y parvenir, Abidjan a adopté une politique intégrée des ressources minérales et énergétiques pour la période 2026-2040, avec un budget global de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % financés par le secteur privé.
Un trésor minier de 29 500 milliards de dollars à exploiter
L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux les plus stratégiques pour la transition énergétique, comme le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, le cuivre, le manganèse et le nickel. La valeur totale de ces ressources est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit près de 20 % des ressources mondiales, avec environ 8 600 milliards de dollars de réserves encore inexploitées.
Parallèlement, la demande mondiale devrait exploser d’ici 2040. Les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à leur niveau de 2023.
Une opportunité historique pour l’industrialisation africaine
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de mutation industrielle mondiale portée par la transition énergétique. La chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050.
Face à cette opportunité sans précédent, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont exprimé leur volonté de rompre avec le modèle traditionnel d’exportation brute des matières premières. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un levier puissant d’industrialisation, de création d’emplois et de prospérité durable pour le continent.