Vaccination contre rougeole et méningite au Niger : défis et solutions
vaccination contre rougeole et méningite au Niger : défis et solutions
Une experte de Médecins Sans Frontières analyse les causes des épidémies de rougeole et de méningite au Niger et les obstacles à une vaccination efficace.
Quels sont les facteurs déclencheurs des épidémies de rougeole et de méningite C au Niger ?
Le Niger a subi plusieurs flambées de rougeole et de méningite C depuis 2018, deux maladies à fort taux de contagion et de mortalité. Malgré l’existence de vaccins, ces épidémies persistent en raison de défis spécifiques à chaque pathologie.
Pourquoi les vaccins contre la méningite C restent-ils inaccessibles ?
Le Niger fait face à des pénuries récurrentes de vaccins contre la méningite, notamment pour le sérogroupe C. Les laboratoires pharmaceutiques se désintéressent de ces marchés en raison de coûts de production élevés et de faibles retours sur investissement. Cela retarde la mise en place de campagnes vaccinales préventives, limitant les interventions à des mesures réactives en cas d’épidémie déclarée.
Concernant la rougeole, bien que le vaccin soit intégré aux programmes nationaux depuis 1974, la couverture vaccinale reste insuffisante pour interrompre la transmission du virus. Le taux de vaccination requis pour éradiquer la maladie est de 95 %, un objectif difficile à atteindre dans un pays où l’accès aux soins est inégal.
La situation épidémiologique de la méningite C s’est-elle améliorée au Niger ?
La région du Sahel, surnommée la « ceinture de la méningite », a connu une année relativement calme en 2018. Cependant, la production mondiale de vaccins reste insuffisante. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins a fixé un stock minimal de cinq millions de doses pour le sérogroupe C, mais cet objectif n’a pas été atteint. Les campagnes de vaccination ne sont lancées qu’une fois le seuil épidémique franchi, et non en amont pour prévenir les flambées.
Quels sont les obstacles à la production de vaccins contre la méningite ?
Plusieurs sérogroupes de méningite existent (A, B, C, W135, X), et aucun vaccin ne couvre l’ensemble de ces variants. Le vaccin conjugué tétravalent, efficace contre les quatre sérogroupes les plus fréquents, est coûteux et inaccessible pour de nombreux pays. Le Serum Institute of India développe un vaccin pentavalent (A, C, Y, W-135, X) plus abordable, mais sa commercialisation n’est prévue qu’en 2020. En l’absence de garanties commerciales, les laboratoires hésitent à investir dans de nouveaux vaccins.
Quelles actions ont été menées contre l’épidémie de méningite C au Niger ?
En collaboration avec le ministère de la Santé, plus de 30 000 personnes ont été vaccinées contre la méningite C dans la région de Tahoua. Une attention particulière a été portée sur le sérogroupe X, pour lequel aucun vaccin n’existe actuellement, soulevant des inquiétudes pour les années à venir.
Existe-t-il des alternatives pour prévenir la méningite C ?
Une stratégie préventive testée au Niger en 2017 consiste à administrer une dose d’antibiotique, la ciprofloxacine, à l’ensemble de la population d’une zone rurale. Une étude publiée dans « PLOS Medicine » en juin 2018 a démontré une réduction significative de la transmission de la maladie. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’efficacité de cette méthode en milieu urbain.
95 %
Pour stopper la propagation de la rougeole, une couverture vaccinale d’au moins 95 % est indispensable, un seuil difficile à atteindre dans les populations mobiles et vulnérables.
Pourquoi le calendrier vaccinal standard ne suffit-il pas à endiguer la rougeole ?
Au Niger, le protocole national recommande la vaccination jusqu’à 23 mois, mais les vaccins fournis par GAVI ne couvrent que les enfants de moins de 12 mois. La dose de rappel à 15 mois n’est pas incluse, et les enfants de plus d’un an ne sont pas vaccinés dans les centres de santé. De plus, les populations nomades et celles vivant dans des zones de conflit ont un accès limité aux soins, rendant la couverture vaccinale insuffisante pour interrompre la transmission.
Comment améliorer la couverture vaccinale au Niger ?
Il est essentiel d’assouplir le calendrier vaccinal pour inclure les enfants jusqu’à 5 ans et de profiter de chaque contact avec le système de santé pour mettre à jour les carnets de vaccination. Des campagnes multiantigéniques, combinant plusieurs vaccins, permettraient de protéger un plus grand nombre d’enfants. Par exemple, lors d’une campagne contre la rougeole à Arlit (Agadez), des vaccins pentavalents et antipneumococciques ont été administrés en complément.
Lorsque cela est possible, le vaccin contre le tétanos est également proposé aux femmes enceintes ou en âge de procréer. Ce vaccin, qui nécessite cinq doses, est rarement administré en totalité au Niger. En saisissant chaque opportunité de vaccination, les femmes et leurs futurs nouveau-nés bénéficient d’une protection accrue. Chaque contact avec le système de santé doit être mis à profit pour vacciner contre les maladies évitables.
Depuis début 2018, Médecins Sans Frontières, en partenariat avec le ministère de la Santé, a vacciné 179 460 personnes au Niger : 145 843 enfants âgés de 6 mois à 15 ans contre la rougeole dans neuf centres de Tahoua et d’Agadez, et 33 620 personnes de 2 à 29 ans contre la méningite C dans trois centres de Tahoua. Une campagne est actuellement en cours à Arlit (Agadez) pour vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans, avec l’administration supplémentaire de vaccins pentavalents et antipneumococciques pour les moins d’un an.
[1] Les seuils d’alerte et épidémique sont fixés à respectivement 5 et 15 cas de méningite pour 100 000 habitants et par semaine dans les localités de plus de 30 000 habitants. Le seuil épidémique peut être réduit à 10 cas/100 000 habitants/semaine en cas de risque élevé.
[2] Diphtérie, coqueluche, tétanos, haemophilus influenzae type B et hépatite B.