Uranium et pétrole au Niger : quand l’économie parle plus fort que les discours à l’ONU

Lors de son allocution à la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Ali Mahaman Lamine Zeine, Premier ministre nigérien sous le régime de la junte, a une nouvelle fois brandi l’étendard de la souveraineté économique. Entre les slogans sur la réappropriation des ressources naturelles et la rupture avec le colonialisme, le discours a séduit une partie de l’opinion publique internationale. Pourtant, derrière cette façade se cache un constat accablant : les deux fleurons de l’économie nigérienne, la SOMAÏR et la SONIDEP, s’effondrent sous une gestion hasardeuse.
Le naufrage de la SOMAÏR : quand les promesses d’uranium se transforment en fiasco
Depuis le coup d’État de 2023 et la reprise en main de la SOMAÏR par les nouvelles autorités, les promesses de rebirth industriel se sont heurtées à une réalité implacable. L’uranium, autrefois symbole de fierté nationale, est aujourd’hui synonyme de crise. La production a chuté de près de 80 %, plongeant le site d’Arlit dans un chaos opérationnel sans précédent.
Les raisons de cet effondrement sont multiples et révélatrices de l’amateurisme gestionnaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) :
- Dépendance aux importations bloquées : L’acheminement des réactifs chimiques, comme l’acide sulfurique, est devenu un casse-tête logistique. Les frontières fermées et les sanctions régionales paralysent les approvisionnements, condamnant les mines à l’arrêt.
- Crise des débouchés commerciaux : Même lorsque le yellowcake est produit, son exportation se heurte à des certificats non conformes et à l’absence de canaux de distribution fiables. Résultat ? Des tas de minerais invendus encombrent les entrepôts.
- Effondrement du tissu social et économique : Les sous-traitants ne sont plus payés, les emplois disparaissent, et les recettes fiscales, autrefois vitales pour les budgets des hôpitaux ou des écoles, se sont évaporées en fumée.
La leçon est claire : changer le drapeau d’une entreprise ne suffit pas à faire fonctionner ses machines. Dans le secteur minier, la compétence technique et une gestion rigoureuse sont irremplaçables.
SONIDEP : le pétrole qui coule à pic avec 25 milliards de FCFA en moins
Si la SOMAÏR incarne le désastre de l’uranium, la SONIDEP, chargée de la commercialisation du pétrole, illustre celui du pétrole nigérien. Portée par le CNSP comme un symbole de la nouvelle ère énergétique, la société affiche aujourd’hui un déficit abyssal : plus de 25 milliards de francs CFA de pertes.
Comment une entreprise détenant le monopole de la distribution d’or noir dans un pays en passe de devenir un exportateur majeur peut-elle accumuler un tel gouffre financier ? Les pistes sont nombreuses, et toutes inquiétantes :
- Contrats opaques et intermédiaires douteux : Les modalités de vente du pétrole nigérien restent floues, avec des soupçons de surfacturation et de commissions illégitimes.
- Absence totale de transparence : Aucun audit indépendant n’a été rendu public, laissant planer le doute sur l’utilisation des rares recettes perçues.
- Dépendance aux pipelines fragiles : Le projet de pipeline vers le Bénin, présenté comme une révolution, peine à se concrétiser, faute d’investissements et de coordination.
Pour les Nigériens, le coût de cette gestion désastreuse est double : non seulement les caisses de l’État se vident, mais les revenus promis pour financer les services publics s’évanouissent dans la nature.
Souveraineté ou paravent ? Les vraies questions que la junte doit affronter
Face à ce bilan désastreux, le régime de Abdourahamane Tiani et de Lamine Zeine tente de détourner l’attention. Accusations envers la CEDEAO, dénonciations de « l’impérialisme » ou rappels des échecs des régimes précédents : les boucs émissaires sont légion. Pourtant, les Nigériens méritent mieux que des discours.
Trois questions brûlantes restent sans réponse :
- Où sont les audits promis après le coup d’État de 2023 ? Sans documents transparents, comment croire à une gestion saine des ressources ?
- Comment sont négociés les contrats énergétiques ? Les ventes de pétrole et d’uranium se font-elles dans l’intérêt du peuple nigérien ou dans celui d’intermédiaires peu scrupuleux ?
- À quoi servent les rares revenus encaissés ? Si les entreprises publiques s’effondrent, où disparaissent les fonds publics ?
La véritable souveraineté, ce n’est pas un drapeau hissé sur une usine à l’arrêt. C’est une économie qui produit, des salaires versés à temps, et des services publics fonctionnels. Aujourd’hui, le Niger paie cash le prix de l’incompétence déguisée en patriotisme.
Le choc des chiffres : l’uranium et le pétrole, deux désastres qui plombent l’économie nigérienne
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dessinent un scénario catastrophique :
- SOMAÏR : une production d’uranium en chute libre (-80 %), des stocks invendables, des sous-traitants impayés.
- SONIDEP : un déficit record de 25 milliards de FCFA, des contrats opaques, une transparence inexistante.
- Le quotidien des Nigériens : des emplois disparus, des services publics asphyxiés, et une facture socio-économique qui s’alourdit chaque jour.
Contrairement aux envolées lyriques à New York, la réalité au Niger est sans appel : les ressources naturelles ne se transforment pas en richesse par magie. Elles nécessitent une gestion rigoureuse, une expertise technique, et surtout… de l’honnêteté.
Que retenir de ce fiasco industriel ? Trois leçons pour le Niger
Le désastre de la SOMAÏR et de la SONIDEP n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un système. Trois enseignements doivent être tirés de cette crise :
- Le nationalisme de façade ne remplace pas la compétence : Dérober une entreprise à un partenaire étranger ne garantit pas son succès. Une gestion technique et professionnelle reste indispensable.
- La transparence est un impératif, pas une option : Sans audits indépendants et sans publication des contrats, les soupçons de corruption et de mauvaise gestion continueront de miner la crédibilité du régime.
- La souveraineté économique se mesure aux résultats : Un peuple souverain est un peuple dont l’économie fonctionne, dont les entreprises créent de la valeur, et dont les dirigeants rendent des comptes.
Le discours d’Ali Mahaman Lamine Zeine à l’ONU restera dans les mémoires comme un exercice de communication politique. Mais pour les Nigériens, c’est le bilan concret des entreprises publiques qui compte. Et aujourd’hui, ce bilan est accablant.