Tchad : la gouvernance par le chaos, un spectacle politique coûteux
Tchad : la gouvernance par le chaos, un spectacle politique coûteux
Périr pour une source d’eau au XXIᵉ siècle n’est pas une malédiction immuable ni un héritage culturel ; c’est le fruit amer d’un État qui cultive l’instabilité comme outil de pouvoir.
Depuis plus de trois décennies, le scénario se répète à l’identique. Les décors évoluent, les figures providentielles s’effacent au profit d’héritiers directs, mais une constante persiste : la violence quotidienne, toujours teintée du même échec cuisant. Au Tchad, on ne résout pas les tensions entre communautés, on les théâtralise. Les priorités se tournent vers le rugissement des moteurs d’avions et les cortèges de véhicules qui soulèvent des nuages de poussière sur les villages, aveuglant ceux qui devraient être protégés. Pendant ce temps, la justice indépendante, elle, reste lettre morte.
Une chorégraphie de l’échec : quand l’État mise sur le chaos
Dès qu’un conflit éclate pour une ressource aussi vitale qu’un puits ou un pâturage, l’État déploie une réponse stéréotypée. On assiste alors à des déplacements ministériels fastueux, des négociations médiatisées et des discours empreints de paternalisme. Pourtant, une fois dissipée la poussière des convois officiels, il ne reste rien. Plus précisément : rien de durable. Ce théâtre politique a un coût exorbitant. Les fonds engloutis dans un seul déplacement présidentiel ou une mission de pacification spectaculaire suffiraient à creuser des milliers de puits modernes. Ces infrastructures transformeraient une ressource rare en un bien accessible à tous. Pourtant, l’État préfère entretenir la dépendance au sauveur plutôt que de renforcer les institutions locales.
Des institutions affaiblies, une justice sous influence
Partout ailleurs, les dirigeants ne quittent pas leur palais pour des querelles de terrain, non par indifférence, mais parce que leur pays fonctionne. Au Tchad, le pouvoir politique a délibérément vidé les institutions de leur substance. Une justice forte représenterait une menace pour ceux qui gouvernent par l’arbitraire. En refusant toute indépendance aux tribunaux, l’État force les citoyens à rendre eux-mêmes une justice expéditive. Périr pour une source d’eau au XXIᵉ siècle n’est pas une fatalité divine ni un legs du passé ; c’est la conséquence directe d’un système qui maintient sciemment le vide institutionnel. L’échec de la gouvernance tchadienne est ici sans appel : préférer gérer des crises à répétition plutôt que de bâtir une nation unie et prospère.