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Sous la souveraineté proclamée, l’augmentation silencieuse de la dette burkinabè
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Le capitaine Ibrahim Traoré ne cesse de marteler que le Burkina Faso doit s’affranchir de la dépendance extérieure et bâtir son développement sur ses propres ressources. Ce discours, présenté comme une rupture historique, promet moins d’emprunts et plus de souveraineté économique. Pourtant, dans les coulisses de la comptabilité publique, une tout autre dynamique se dessine : celle d’une dette qui a bondi de près de 4 000 milliards de FCFA en quelques années. Derrière les déclarations, les chiffres racontent une histoire plus nuancée, celle d’un pays qui, pour financer ses ambitions, a largement puisé dans l’endettement.

Une progression spectaculaire des chiffres de la dette

Les données du ministère de l’Économie et des Finances sont sans appel. À fin décembre 2020, l’encours de la dette de l’administration centrale s’élevait à 4 765,45 milliards de FCFA. Un an plus tard, il franchissait déjà la barre des 6 107 milliards. La tendance ne s’est pas inversée. Selon le dernier bulletin statistique du Trésor burkinabè, à fin décembre 2025, l’encours atteignait 8 692,67 milliards de FCFA. À fin mars 2026, il grimpait encore à 8 731,5 milliards. En l’espace de cinq ans, le pays est donc passé d’un endettement inférieur à 5 000 milliards à plus de 8 700 milliards de FCFA.

Le paradoxe d’un discours anti-dette

La véritable question n’est pas de savoir si un État emprunte, mais pourquoi et comment. L’endettement public n’est pas nécessairement une mauvaise chose : il peut financer des infrastructures, soutenir l’investissement ou faire face à des crises. L’enjeu réside dans la destination des fonds, leur coût et la capacité future de remboursement.

Or, la structure de la dette burkinabè interpelle. À fin 2025, près de 60 % de l’encours de l’administration centrale était constitué de dette intérieure, principalement sous forme de Bons et d’Obligations du Trésor, pour un montant d’environ 5 196 milliards de FCFA. Ce financement n’est pas gratuit : il faut rembourser le capital et payer les intérêts. Au premier trimestre 2026, le service de la dette atteignait déjà 407,1 milliards de FCFA, en hausse de 31,5 % sur un an.

La souveraineté financière a un coût

Ibrahim Traoré peut légitimement prôner une politique de souveraineté économique. Mais celle-ci ne se résume pas au refus de certains partenaires ni à des déclarations d’indépendance. Elle se mesure surtout à la capacité d’un État à accroître ses recettes, maîtriser ses dépenses, financer ses investissements et contenir le poids de sa dette.

Le Burkina Faso dispose de ressources minières importantes, notamment l’or. Pour autant, leur existence ne garantit pas que l’État dispose de liquidités suffisantes pour financer toutes ses ambitions sans emprunter. Le débat mérite donc d’être recentré : l’essentiel n’est pas de proclamer que le pays n’empruntera pas, mais de démontrer que chaque franc emprunté génère suffisamment de valeur pour justifier son coût.

Plus de 8 700 milliards : les explications attendues

Le gouvernement burkinabè peut mettre en avant ses investissements, ses efforts militaires, ses infrastructures ou ses politiques sociales. Mais ces dépenses doivent être confrontées à l’évolution de la dette. Le Fonds monétaire international, dans son analyse publiée en 2026, classe le Burkina Faso à un risque modéré de surendettement, tout en jugeant la dette soutenable à moyen terme. L’institution souligne néanmoins des vulnérabilités : le risque lié au refinancement de la dette intérieure, la dépendance aux exportations d’or et la situation sécuritaire.

Il serait donc excessif de conclure à une insolvabilité du pays. Mais il serait tout aussi difficile d’affirmer que le Burkina s’est développé ces dernières années sans recourir significativement à l’endettement. Entre fin 2020 et le premier trimestre 2026, l’encours de la dette de l’administration centrale a augmenté de près de 4 000 milliards de FCFA.

La question qui demeure est simple, mais politiquement explosive : si le Burkina Faso n’a pas besoin d’emprunter pour se construire, comment expliquer que sa dette publique ait explosé de plusieurs milliers de milliards pendant cette période ? Le gouvernement de Ibrahim Traoré devra apporter des réponses précises : combien a été emprunté, auprès de qui, à quel taux, pour financer quels projets et avec quels résultats mesurables pour la population ? Car en matière de finances publiques, les slogans peuvent séduire. Les chiffres, eux, restent à expliquer.