Sonara : un projet de 700 milliards de fcfa pour masquer l’échec de la reconstruction ?

Sonara : un projet de 700 milliards de FCFA pour masquer l’échec de la reconstruction ?

Sept ans après le sinistre qui a ravagé la Sonara, son directeur général a convoqué la presse pour annoncer un ambitieux plan de relance de 700 milliards de FCFA. Mais derrière les déclarations triomphales se cachent des questions sur la réalité de ce projet et ses véritables objectifs.

Un modèle de financement controversé

Sept ans après l’incendie qui a détruit les installations de la Sonara, son directeur général a annoncé lors d’une conférence de presse la renaissance de l’entreprise grâce à un investissement colossal de 700 milliards de FCFA. Pourtant, aucun accord avec un partenaire financier n’a été signé. La communication s’est limitée à une rencontre ministérielle pour évaluer les coûts et les modalités de financement, sans avancée concrète.

Le modèle retenu, le Design-Build-Finance-Maintain (DBFM), prévoit la conception, la construction, le financement et la maintenance des infrastructures. Mais cette approche soulève des interrogations : pourquoi avoir attendu sept ans pour en arriver là ? Et combien de temps faudra-t-il pour trouver un partenaire capable de signer un accord avant de se tourner vers les banques, comme c’est souvent le cas au Cameroun ?

Des enjeux politiques sous-jacents

L’annonce intervient à un moment où le président Paul Biya, en déplacement en Suisse, réévalue les performances de ses collaborateurs. Certains y voient une tentative de manœuvre politique pour donner l’illusion d’une relance économique, alors que la réalité des faits reste bien différente.

La Sonara a évoqué la construction d’une unité d’hydrocraquage pour raffiner le pétrole camerounais, un projet pourtant déjà intégré dans la raffinerie de Kribi. Cette communication semble donc plus destinée à séduire l’opinion publique qu’à annoncer une véritable avancée.

Des comparaisons internationales qui interrogent

Alors que d’autres pays africains misent sur des partenariats internationaux pour développer leurs capacités de raffinage, le Cameroun semble privilégier une approche différente. Par exemple, la raffinerie de Dangote au Nigeria, bien que privée, traite plus de 60 % du pétrole nigérian. En Angola, en Zambie ou en Ouganda, des projets similaires sont menés avec l’appui de la Chine ou de la Russie, sans que cela ne pose de problème de souveraineté.

Pourtant, au Cameroun, les autorités justifient le rejet de partenaires étrangers par des raisons de souveraineté. Une position qui contraste avec les pratiques observées ailleurs en Afrique, où les États n’hésitent pas à s’allier avec des acteurs internationaux pour booster leur industrie pétrolière.

Un projet de raffinerie de Kribi dans la ligne de mire

Les critiques fusent également autour de la raffinerie de Kribi, pilotée par la SNH et Nathalie Moudiki. Certains observateurs dénoncent des tentatives de sabotage médiatique contre ce projet, alors que la Sonara, entreprise historique du pays, est elle-même en difficulté. Pourquoi attaquer la raffinerie de Kribi le jour même où la Sonara annonce sa relance ?

En 2020, une délégation du géant russe Lukoil s’était rendue à Yaoundé pour proposer un plan de reconstruction de la Sonara, incluant des équipements modernes. Pourtant, le gouvernement n’a donné aucune suite favorable à cette offre. Les raisons invoquées ? La souveraineté nationale. Mais cette justification semble de plus en plus fragile face aux réalités économiques du pays.

Le Cameroun, deuxième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, possède une raffinerie privée, comme c’est le cas au Nigeria. Pourquoi ne pas appliquer le même modèle à la Sonara, qui reste une entreprise publique ?

Alors que le pays cherche à relancer son secteur énergétique, les Camerounais s’interrogent : ces annonces spectaculaires ne sont-elles que des illusions destinées à masquer l’échec des politiques publiques ?