Romuald Wadagni lance une offensive diplomatique vers Niamey et Ouagadougou
Dès son investiture à la présidence du Bénin, Romuald Wadagni a choisi d’agir rapidement sur le terrain diplomatique. Ce mardi 2 juin, il effectue une visite simultanée à Niamey puis à Ouagadougou, marquant ainsi sa première initiative diplomatique majeure depuis son entrée en fonction à Cotonou. L’objectif est clair : rétablir le dialogue avec les autorités nigériennes et burkinabè, alors que les relations entre le Bénin et ses voisins sahéliens s’étaient fortement dégradées ces derniers mois.
Une démarche de rapprochement face aux tensions régionales
Cette tournée s’inscrit dans un contexte où les relations entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso sont tendues. Depuis les changements politiques survenus à Niamey en juillet 2023, suivis par ceux d’Ouagadougou, les échanges entre ces pays se sont fortement réduits. Le précédent gouvernement béninois, dirigé par Patrice Talon, avait adopté une position perçue comme alignée sur la Cédéao, une posture mal accueillie par les nouvelles juntes sahéliennes.
Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances connu pour son approche pragmatique, mise sur le dialogue direct plutôt que sur les déclarations officielles. Cette visite éclair, organisée dès la deuxième semaine de son mandat, illustre sa volonté de résoudre les différends accumulés, notamment la fermeture de la frontière nigéro-béninoise et les tensions autour des questions de sécurité transfrontalière.
Les enjeux économiques du corridor Cotonou-Niamey
Le corridor logistique reliant Cotonou à Niamey constitue un point central des discussions. Ce passage était autrefois essentiel pour le Niger, pays enclavé, mais son interruption a eu des répercussions majeures. Les sanctions imposées par la Cédéao, suivies du retrait du Niger, du Burkina Faso et du Mali de cette organisation, ont redirigé une partie du trafic vers d’autres ports comme Lomé ou Tema, au détriment de Cotonou.
Pour le Bénin, la restauration de la fluidité des échanges représente une priorité à la fois économique et politique. Les revenus générés par les activités portuaires et douanières contribuent de manière significative aux finances publiques. Pour y parvenir, il faudra non seulement rouvrir les points de passage, mais aussi supprimer les taxes supplémentaires appliquées par les deux côtés. La sécurité, notamment la lutte contre les groupes armés dans la zone frontalière, sera également un sujet clé des échanges.
Naviguer entre l’Alliance des États du Sahel et la Cédéao
Romuald Wadagni doit manœuvrer avec prudence. Bien que le Bénin reste membre de la Cédéao, il cherche à renouer le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023 par le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Le président béninois doit donc trouver un équilibre, sans donner l’impression de cautionner les transitions militaires ni de renoncer aux engagements régionaux de son pays.
Le choix de Niamey et Ouagadougou comme premières destinations hors de la zone côtière envoie un message fort. Ces deux capitales partagent avec le Bénin des frontières communes et des défis sécuritaires similaires, notamment dans le nord du pays où les attaques jihadistes, attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique, se multiplient. Une coopération renforcée avec les forces sahéliennes s’impose donc comme une nécessité.
L’accueil réservé par le général Abdourahamane Tiani et le capitaine Ibrahim Traoré à cette initiative déterminera en grande partie son succès. Jusqu’à présent, les juntes de Niamey et Ouagadougou ont privilégié des partenariats avec d’autres acteurs internationaux, s’éloignant des cadres diplomatiques traditionnels de la région. Romuald Wadagni devra prouver qu’une approche béninoise, indépendante des pressions de la Cédéao, peut apporter des solutions concrètes aux populations frontalières et aux acteurs économiques.