Retour de Macky Sall au Sénégal : un séisme politique et mémoriel

Retour de Macky Sall au Sénégal : un séisme politique et mémoriel

Un retour qui résonne comme un écho du passé : l’ancien président Macky Sall, battu aux élections de 2024 et contraint à l’exil, foule à nouveau le sol sénégalais ce vendredi. Son atterrissage à l’aéroport militaire de Yoff, en présence de son successeur Bassirou Diomaye Faye, a de quoi surprendre. Les deux hommes, autrefois adversaires politiques, se retrouvent face à face dans un climat chargé de tensions et de souvenirs douloureux.

Cette visite, aussi brève soit-elle, ravive les blessures d’un pays encore marqué par les répressions des années 2021-2024. Des centaines de militants du Pastef, dont des proches du président actuel, avaient été emprisonnés, parfois pour des motifs aussi vagues que le port d’un simple bracelet aux couleurs du parti. Aly Coly, militant incarcéré avec sept membres de sa famille — dont son épouse et son enfant de trois mois —, n’a pas caché son indignation : « Aujourd’hui, je vois notre président accueillir celui qui a orchestré tout cela. Comment ne pas y voir un retour de l’ancien système ? »

La justice en question

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’un millier de détenus politiques, soixante-cinq morts lors d’émeutes réprimées dans le sang. Pourtant, aucune enquête n’a abouti, aucun responsable n’a été inquiété. Pour beaucoup, ce retour symbolise l’impunité et la persistance des pratiques d’un régime passé. « La justice n’a pas été rendue, et Macky revient comme si de rien n’était », s’insurge Aly Coly, qui refuse de tourner la page.

Une candidature onusienne sous le feu des critiques

Derrière cette visite se cache une ambition internationale : Macky Sall brigue le poste de secrétaire général de l’ONU. Une candidature qu’il défend depuis des mois, se présentant comme le champion du multilatéralisme. Pourtant, son bilan au Sénégal — marqué par des violences répressives — soulève des questions. « Comment imaginer quelqu’un à la tête de l’ONU après avoir toléré 65 morts sous son mandat ? », s’interroge Aly Coly. Malgré ses efforts, il peine à obtenir le soutien de l’Union africaine et de son propre pays. Une reconnaissance de Bassirou Diomaye Faye pourrait changer la donne.

Un calcul politique risqué pour Bassirou Diomaye Faye

Pour le président en place, cette rencontre pourrait s’avérer stratégique. Depuis plusieurs mois, les tensions avec son ancien mentor Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, empoisonnent la vie politique. Un rapprochement avec Macky Sall permettrait à Bassirou Diomaye Faye de trouver de nouveaux alliés, au risque de trahir ses engagements initiaux. « Il est accusé de réintégrer l’ancien système corrompu », rappelle Maurice Soundieck Dione, politologue à l’université Gaston Berger. Une trahison morale, surtout au Sénégal où le respect des aînés et des mentors est sacré.

Reste à savoir si cette alliance inédite renforcera le président ou l’isolera davantage. Une chose est sûre : le retour de Macky Sall secoue le pays et relance les débats sur l’héritage politique du passé.