Rdc : finances publiques en 2025, un déficit qui s’aggrave malgré les efforts fiscaux
En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) se trouve confrontée à un dilemme budgétaire inédit : ses recettes fiscales progressent, mais ses dépenses explosent, creusant un déficit que ni la mobilisation accrue ni les partenariats internationaux ne parviennent à combler. À Kinshasa, les décideurs doivent désormais arbitrer entre relance économique, impératifs sécuritaires et respect des engagements macroéconomiques signés avec les institutions partenaires.
Des recettes en hausse, mais des pressions structurelles persistantes
Les administrations fiscales congolaises, à savoir la Direction générale des impôts, la Direction générale des douanes et accises et la Direction générale des recettes administratives, affichent des résultats encourageants. Cette amélioration repose sur l’élargissement de l’assiette fiscale, la modernisation partielle des processus administratifs et une lutte renforcée contre les fraudes, notamment dans les secteurs miniers des provinces du Katanga et du Nord-Kivu. La digitalisation des déclarations et des paiements a également joué un rôle clé, même si son déploiement reste inégal selon les régions.
Le contexte des marchés mondiaux a aussi favorisé cette dynamique. La RDC, premier fournisseur mondial de cuivre et de cobalt, a bénéficié de la flambée des prix de ces minerais stratégiques pour les industries de haute technologie. Cependant, cette manne reste volatile, soumise aux fluctuations des cours et à la concurrence accrue des alternatives moins coûteuses dans le domaine des batteries électriques.
Dépenses publiques : l’urgence sécuritaire et les coûts sociaux en première ligne
Du côté des dépenses, la situation se dégrade rapidement. Le conflit dans l’est du pays, où les Forces armées de la RDC affrontent les groupes armés et les offensives du mouvement M23, absorbe une part croissante du budget national. L’état de siège, reconduit à plusieurs reprises depuis 2024, a encore alourdi les dépenses militaires et les coûts logistiques associés, dépassant largement les prévisions initiales.
Parallèlement, la masse salariale publique devient un poste de plus en plus lourd. Les augmentations de salaires accordées aux enseignants, aux magistrats et à d’autres fonctionnaires, couplées aux embauches dans les secteurs de la défense et de la santé, ont fait exploser ce poste budgétaire. Chaque accord social négocié sous la pression des syndicats ou des mouvements citoyens aggrave cette tendance, rendant la maîtrise des dépenses toujours plus complexe pour les services du budget.
Les transferts aux entreprises publiques, notamment celles du secteur pétrolier pour stabiliser les prix à la pompe, et les dépenses d’urgence liées aux inondations ou aux déplacements massifs de populations dans l’est du pays, aggravent encore le déficit. Les investissements publics, bien que théoriquement protégés par la loi-programme, subissent des arbitrages au profit des dépenses courantes, jugées prioritaires pour éviter un blocage institutionnel.
Un déficit structurel qui menace la stabilité économique
Le fossé grandissant entre recettes et dépenses oblige le gouvernement à recourir massivement au financement monétaire et à l’émission de titres publics sur le marché local. Cette stratégie, déjà critiquée par les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international, exerce une pression à la hausse sur les taux d’intérêt domestiques et fragilise le franc congolais. La Banque centrale du Congo a dû durcir sa politique monétaire pour limiter les risques de dépréciation et maintenir la confiance dans la monnaie nationale.
Une autre conséquence directe de ce déséquilibre est l’accumulation d’arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État. Les entreprises locales, notamment dans les secteurs des travaux publics et des services, dénoncent des délais de règlement qui menacent leur pérennité. Cette situation alimente un climat de méfiance envers les marchés publics et risque de freiner l’investissement privé dans des secteurs essentiels.
Pour éviter une crise budgétaire durable, les autorités doivent impérativement rationaliser les exonérations fiscales, accélérer la généralisation de la facturation électronique et maîtriser la progression des salaires publics sans déclencher de mouvements sociaux. La crédibilité du cadre macroéconomique, déjà sous surveillance par les bailleurs de fonds, dépendra de la capacité de l’État à inverser cette tendance au second semestre.