Politique

Quel avenir pour le Conseil constitutionnel camerounais après la mort de Clément Atangana ?

La disparition de Clément Atangana, survenue ce matin à Paris, ouvre une période d’incertitude pour le Conseil constitutionnel du Cameroun. Le président de l’institution, âgé de 85 ans, avait été évacué en France pour y recevoir des soins approfondis. Il n’y survivra pas. Son décès pose une question cruciale : alors que la justice électorale est déjà sous tension, comment l’institution va-t-elle traverser ce vide à sa tête ?

Écouter la lecture≈ 5 min

Un magistrat hors hiérarchie disparu à Paris

Né à Ngomedzap, dans le département du Nyong et So’o, Clément Atangana a achevé sa carrière et sa vie à Paris. Magistrat hors hiérarchie, il laisse derrière lui une trajectoire qui a marqué la vie institutionnelle du pays. Sa nomination à la présidence du Conseil constitutionnel l’avait placé au cœur de l’appareil d’État, avec une responsabilité immense : celle de garantir la régularité des scrutins. Mais c’est précisément sur ce terrain que son héritage est le plus contesté.

L’ère des « irrecevables » et la défiance persistante

Le nom de Clément Atangana reste associé à une séquence précise : le contentieux électoral de la présidentielle de 2018. Sous sa conduite, le Conseil constitutionnel a rejeté en bloc tous les recours, les qualifiant systématiquement d’« irrecevables ». Cette formule, répétée à satiété, lui a valu le surnom d’« Irrecevable » dans l’opinion publique. Depuis, l’institution est perçue par une partie des Camerounais comme inféodée au pouvoir et au RDPC, le parti au pouvoir.

Une vidéo qui a nourri les soupçons

Les doutes sur son impartialité ont été renforcés par une séquence devenue virale. Au soir de la proclamation des résultats de la présidentielle, une vidéo montrait Clément Atangana, entouré de sa famille en liesse, se réjouissant de la victoire de Paul Biya. Il aurait alors désigné le candidat sortant comme « votre candidat », s’adressant aux siens. Une scène qui a alimenté les critiques sur un possible parti pris.

Des apparitions qui ont brouillé son image

En 2025, sa participation à une réunion du Comité de développement du Nyong et So’o avait relancé les interrogations. Cette rencontre avait abouti à une motion de soutien à Paul Biya, assortie d’un « appel à se présenter à la prochaine élection présidentielle ». Un reporter du journal gouvernemental Cameroon Tribune, présent pour la couverture médiatique, avait relayé l’information. L’affaire avait fait grand bruit et nourri les débats.

Clément Atangana s’était défendu, affirmant avoir pris part à une réunion d’une association apolitique et n’avoir pas participé à la prolongation qui a donné lieu à la motion. Mais pour beaucoup d’opposants, l’image d’un soutien à Paul Biya était déjà ancrée. D’autant qu’il s’était déjà laissé filmer dans un élan jubilatoire après sa nomination.

Quelles conséquences pour la justice électorale au Cameroun ?

La mort de Clément Atangana intervient dans un contexte où le Conseil constitutionnel est déjà sous pression. Son départ laisse un vide à la tête d’une institution qui doit statuer sur les contentieux électoraux à venir. La question qui se pose désormais est simple : qui prendra sa suite, et avec quelle marge de manœuvre ? Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse la simple succession. Il s’agit de savoir si le Conseil constitutionnel pourra retrouver une crédibilité entamée par des années de controverses.

Dans un pays où la justice électorale est un pilier de la stabilité, la disparition de Clément Atangana ouvre une période d’incertitude. Les regards se tournent déjà vers les prochaines échéances et vers la manière dont l’institution sera recomposée. Une chose est sûre : l’héritage de « l’homme irrecevable » continuera de peser sur les débats.

Suivre ce sujet :