Nouvelle loi anti-lgbtqia+ au Sénégal : des peines de prison doublées
Alors que l’Europe célèbre les 30 ans de la Pride de Bruxelles, symbole de lutte pour l’égalité, le Sénégal impose un durcissement sans précédent de sa législation envers les personnes homosexuelles. La capitale, Dakar, sombre dans une répression accrue, faisant du pays l’un des plus hostiles au continent africain pour les droits LGBTQIA+.
une loi répressive qui alourdit les sanctions
Le président Bassirou Diomaye Faye a promulgué une loi qui double les peines d’emprisonnement pour les « actes contre nature », passant de 5 à 10 ans de prison. Les amendes, quant à elles, ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (soit plus de 15 000 euros). Ce texte, présenté comme un projet de « souveraineté » par le Premier ministre Ousmane Sonko, a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026, avec 135 voix pour et aucune contre.
climat de terreur et arrestations massives
Les conséquences de cette législation sont immédiates. Depuis son entrée en vigueur, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été interpellées. La peur s’installe : certains préfèrent la prison à la violence des foules en quête de « justice populaire ». Un jeune homme témoigne : « À tout moment, tu crains qu’on vienne t’arrêter. Tu dois vivre caché. Avoir peur en permanence, ce n’est pas une vie. »
Les discours incitant à la haine se multiplient. Un membre de la communauté LGBTQIA+ confie : « On nous fait croire qu’il faut haïr les homosexuels pour être un bon croyant. Qu’en les tuant, on ira au paradis. Mais aimer une femme ou un homme, c’est une question personnelle. Cela ne regarde que toi et Dieu. »
La paranoïa est telle que même les expatriés ne sont pas épargnés. L’arrestation d’un ingénieur français, interpellé sans ménagement chez lui, a choqué la communauté internationale. Un de ses proches raconte : « Ils ont frappé à sa porte, il a ouvert, et ils l’ont emmené. C’est une technique de rafle. »
instrumentalisation politique et religieuse
Cette vague de répression est alimentée par les plus hautes sphères du pouvoir. Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, qui a milité activement pour cette loi, qualifie les homosexuels de « danger public ». Son président, l’imam Babacar Sylla, va jusqu’à affirmer, sans preuve, qu’ils « propageraient délibérément des maladies » et avoue son manque total d’empathie envers la communauté LGBTQIA+.
Le gouvernement, en quête de boucs émissaires face à une récession économique persistante, a repris cette rhétorique. L’homosexualité est désormais présentée comme une « importation occidentale », incompatible avec les valeurs sénégalaises. Cette stratégie détourne l’attention des problèmes économiques du pays, tout en justifiant une répression accrue.
une régression alarmante des droits humains
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) alerte sur les conséquences désastreuses de cette loi. Drissa Traoré, secrétaire général de l’organisation, déclare : « Une telle loi ne protège personne : elle expose des personnes déjà vulnérables à des violences, des arrestations arbitraires et des humiliations. »
Cette législation menace également la liberté d’expression, criminalisant toute forme de « promotion » ou de soutien aux droits LGBTQIA+. Les conséquences sanitaires sont tout aussi préoccupantes : les taux de dépistage du VIH s’effondrent. Une source anonyme d’une association de défense des droits LGBTQIA+ explique : « Les gens ont peur d’avoir des préservatifs ou des lubrifiants sur eux, par crainte d’être traqués. Le dépistage devient un risque. Pour une personne séropositive, il est désormais presque impossible d’accéder aux soins. »
Le Sénégal n’est malheureusement pas un cas isolé. Sur les 54 pays africains, 31 criminalisent l’homosexualité, tout comme 21 pays en Asie. Cette répression marque un tournant sombre. Alors que le pays était jusqu’ici considéré comme un bastion de stabilité, il rejoint désormais le groupe restreint des États où l’orientation sexuelle peut coûter une décennie de liberté. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options viables.