Niger : refonte administrative pour renforcer la lutte antiterroriste
Niger : refonte administrative pour renforcer la lutte antiterroriste
Depuis son accession au pouvoir en juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani mène une lutte sans relâche contre les groupes armés djihadistes qui menacent la stabilité du Niger. Pour consolider cette stratégie, son gouvernement envisage une réorganisation majeure de la carte administrative du pays. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par le général Mohamed Toumba, a dévoilé un projet ambitieux : porter le nombre de régions de 8 à 19 et celui des départements de 63 à 82. Présenté aux conseillers du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) par Abdoulkader Hama, directeur général de l’Administration territoriale, ce texte s’inscrit dans la dynamique de refondation nationale impulsée par le régime.
Un redécoupage territorial pour mieux couvrir les zones sensibles
L’idée centrale de cette réforme est de fragmenter les grandes régions actuelles pour densifier la présence de l’État. Ainsi, les régions de Maradi, Zinder et Tahoua seraient divisées en trois entités chacune, tandis que Tillabéri, Agadez et Diffa seraient scindées en deux. La capitale, Niamey, serait recentrée autour de deux départements. Parallèlement, le nombre de communes passerait à 255, afin de rapprocher les services publics des populations et de renforcer le contrôle territorial.
Cette restructuration s’appuie sur un constat : les zones en proie aux violences djihadistes, comme la bande des trois frontières où opère l’État islamique au Sahel, ou encore le bassin du Lac Tchad ciblé par Boko Haram et l’ISWAP, nécessitent une administration plus réactive. Mohamed Toumba avait d’ailleurs évoqué cette solution dès avril 2026, lors d’une intervention télévisée, soulignant que « un maillage administratif élargi faciliterait le déploiement des forces de défense et de sécurité ».
Des critiques émergent face à la nouvelle organisation territoriale
Malgré l’objectif affiché de mieux répondre aux besoins locaux, le projet suscite des résistances dans plusieurs zones. À l’Est, la création d’une région nommée Komadougou avec Diffa pour chef-lieu est contestée par les habitants de Nguigmi. Ils dénoncent à la fois le fait que leur département ne devienne pas une région autonome et le choix de cette appellation, jugée peu représentative de la réalité géographique du Lac Tchad. Dans l’Ouest, des représentants du département de Say s’inquiètent : la nouvelle configuration administrative éloignerait certains citoyens de leur chef-lieu régional, à l’encontre du discours officiel prônant une meilleure proximité.
Autre point de friction : le coût financier de cette réforme n’a pas encore été précisé. La création de nouveaux gouvernorats, d’infrastructures dédiées et les frais liés aux nominations administratives restent à évaluer. Le texte, encore en phase de proposition, devra subir des ajustements après les consultations du CCR avant d’être définitivement adopté par les autorités de transition.