Mosquée sunnite au Burkina Faso : quand la politique ferme les lieux de culte

Une décision administrative qui divise la capitale

Un arrêté du gouverneur de la région du Kadiogo, publié fin mai 2026, a scellé les portes de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou. Officiellement, cette mesure vise à « prévenir tout risque de troubles à l’ordre public ». Pourtant, dans un pays où la cohésion sociale est déjà mise à rude épreuve, cette fermeture brutale interroge autant qu’elle indigne. Pourquoi sanctionner aujourd’hui un lieu de culte qui a servi de soutien indéfectible aux autorités en place ?

Le paradoxe d’un pouvoir construit sur le soutien religieux

L’histoire récente du Burkina Faso montre à quel point les leaders actuels ont compté sur l’engagement des communautés sunnites pour assoir leur légitimité. Ces mouvements, organisés et mobilisateurs, ont été des alliés stratégiques pendant les phases de transition politique. Leurs fidèles, motivés par une foi partagée et un sentiment d’appartenance nationale, ont été les premiers à répondre présents quand le pays avait besoin de stabilité.

Mais aujourd’hui, ces mêmes espaces de prière, autrefois transformés en tribunes politiques, deviennent les cibles d’une répression administrative. Les croyants, qui voyaient dans leur engagement une contribution à la patrie, se retrouvent confrontés à une réalité cruelle : leur dévouement a été instrumentalisé, puis abandonné au premier signe de désaccord. Cette volte-face politique est un camouflet qui risque de fragiliser davantage un État déjà en proie à des défis majeurs.

Un contexte national explosif

Le Burkina Faso traverse une crise aux multiples facettes : sécurité précaire, divisions sociales croissantes, et une défiance grandissante envers les institutions. Dans un tel environnement, une mesure aussi radicale qu’une fermeture de mosquée ne peut qu’aggraver les tensions. Plutôt que de désamorcer les frustrations, elle ouvre la porte à des réactions radicales, alimentant un sentiment d’injustice et de trahison parmi les fidèles.

Les autorités semblent avoir oublié qu’une mosquée n’est pas seulement un bâtiment : c’est un symbole, un lieu de rassemblement, et parfois le dernier rempart contre l’extrémisme. En le fermant sans concertation préalable, elles risquent de transformer une communauté entière en opposition silencieuse, bien plus difficile à gérer que des manifestations ouvertes.

La répression ne résout pas les crises

La loi doit s’appliquer, mais elle doit aussi être juste et équitable. Or, fermer un lieu de culte sous prétexte de sécurité, alors que ce même lieu a servi d’appui moral et politique aux dirigeants, relève d’un calcul politique hasardeux. Comment justifier une telle décision sans paraître opportuniste ?

Les autorités burkinabè ont tout intérêt à privilégier le dialogue plutôt que la coercition. Une gouvernance inclusive passe par la consultation des leaders religieux, par l’écoute des préoccupations des fidèles, et par la transparence. Ignorer ces impératifs, c’est prendre le risque d’alimenter une défiance durable envers le pouvoir, au moment où le pays a plus que jamais besoin de rassemblement.

Il est encore temps de suspendre cet arrêté et d’engager des discussions pour trouver une issue acceptable. Mais chaque jour qui passe sans réponse adaptée aggrave le fossé entre l’État et une partie de sa population. La stabilité ne se décrète pas : elle se construit, pas à pas, avec humilité et respect.