Massacre de civils au Mali : l’armée et les milices dozos dans le collimateur
Un bilan lourd dans la région de Ségou
Deux attaques distinctes, perpétrées à dix jours d’intervalle, ont coûté la vie à au moins 31 civils dans deux villages du centre du Mali. Selon des témoignages recueillis sur place, l’armée malienne et des miliciens dozos, alliés aux forces régulières, seraient responsables de ces exactions. Les villages de Kamona et Balle, situés dans une zone sous influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont été particulièrement touchés.
Kamona : 21 exécutions sommaires et des habitations réduites en cendres
Le 2 octobre, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont fait irruption dans Kamona aux alentours de 10 heures du matin. À bord de sept pick-ups et trois véhicules blindés, ainsi que de motos, ils ont méthodiquement traqué les hommes du village. Des habitants ont rapporté que des combattants du GSIM avaient prévenu de l’arrivée des forces armées, poussant une partie de la population à fuir. Ceux restés sur place ont été rassemblés avant d’être exécutés sommairement.
Un survivant a témoigné : « Les hommes ont été criblés de balles, certains avec la tête fracassée. Des douilles jonchaient le sol. » Les villageois ont dénombré 17 corps sous un arbre et quatre autres au nord du village. Dix huttes et trois hangars appartenant à des familles peules ont également été incendiés. Une liste des victimes, toutes des hommes âgés de 20 à 65 ans, a été établie, mais des habitants estiment que d’autres auraient péri dans la brousse.
Balle : 10 civils tués et un lourd tribut matériel
Le 13 octobre, vers 13 heures, une nouvelle opération a visé le village de Balle, à environ 55 kilomètres de Kamona. Cinq pick-ups et une trentaine de motos ont envahi les lieux, provoquant la fuite de certains habitants. Des soldats et miliciens ont fait du porte-à-porte, molestant les hommes avant de les abattre. Au total, dix civils ont été tués, dont une femme de 55 ans, et au moins 100 têtes de bétail volées.
Un témoin a décrit la scène macabre : « Les corps gisaient les uns contre les autres, criblés de balles. Certains avaient les membres brisés. » La fille de la victime féminine a raconté comment sa mère, après avoir protesté contre le traitement infligé aux villageois, avait été emmenée par les assaillants et exécutée.
Des accusations qui s’accumulent contre l’armée et ses alliésCes violences surviennent dans un contexte où le GSIM multiplie les attaques contre les forces gouvernementales, notamment après le siège imposé à Bamako début septembre. Cette stratégie a paralysé l’approvisionnement en carburant de la capitale et contraint les autorités à suspendre les activités scolaires. Les villageois de Balle, sous contrôle du GSIM depuis des années, ont expliqué payer la zakat aux djihadistes, qui règlent les litiges locaux. « L’armée ne fait pas de distinction entre eux et nous. Nous sommes tous considérés comme des terroristes. »
Depuis 2012, le conflit au Mali a fait des milliers de morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Les exactions attribuées à l’armée malienne et à ses milices alliées, comme les dozos, s’ajoutent à celles commises par les groupes armés islamistes. Les Nations unies et plusieurs observateurs ont documenté des violations graves des droits humains de part et d’autre, mais les enquêtes restent rares et les responsabilités rarement établies.
Un appel à la justice et à la responsabilité
Face à l’ampleur des crimes présumés, des voix s’élèvent pour exiger des enquêtes impartiales. Les autorités maliennes sont appelées à traduire les responsables en justice et à respecter les engagements internationaux du pays, malgré son retrait de la Cour pénale internationale (CPI) en 2024. Le Mali reste cependant lié au Statut de Rome jusqu’en 2026, permettant à la CPI de poursuivre les crimes de guerre commis depuis 2012.
L’Union africaine (UA), dont le mandat inclut la promotion de la paix et de la sécurité, est également interpellée. Malgré la détérioration de la situation, son Conseil de paix et de sécurité n’a jusqu’ici formulé que des déclarations de préoccupation, sans action concrète. Des experts soulignent l’urgence d’une réponse régionale coordonnée pour mettre fin à l’impunité et protéger les populations civiles.