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Mali : le virage manqué contre la mendicité des rues et ses conséquences explosives

À Bamako, la mendicité n’est plus une anecdote urbaine mais un tsunami humain. Chaque jour, des cohortes d’enfants, de femmes et d’adultes en situation de vulnérabilité se pressent devant les mosquées, les mairies ou les carrefours, leurs mains tendues vers un destin qu’ils n’ont pas choisi. Malgré les promesses répétées des autorités, la spirale de la mendicité s’accélère, révélant l’échec cuisant d’un État incapable de tenir ses engagements.

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La mendicité, miroir des failles d’un système à bout de souffle

La capitale malienne est devenue le théâtre d’un drame silencieux où la précarité extrême dicte ses lois. Les talibés, ces élèves des médersas souvent livrés à la rue par des maîtres coraniques indifférents à leur sort, côtoient des jeunes sans abri, des handicapés et des personnes âgées abandonnées par des proches dans l’incapacité de les soutenir. Derrière ces visages se cache une réalité bien plus sombre : l’incapacité chronique de l’État à protéger ses citoyens les plus fragiles.

Des promesses politiques balayées par le vent

Les autorités maliennes ont multiplié les announcements : retrait des enfants de la rue, renforcement des structures d’accueil, campagnes de sensibilisation. Pourtant, sur le terrain, ces initiatives s’évaporent avant même d’avoir porté leurs fruits. Les rares opérations de ramassage se soldent par des relâchements immédiats faute de solutions durables. Les centres d’accueil, sous-financés et saturés, renvoient leurs occupants vers leur misère initiale en quelques heures seulement. La politique sociale malienne, si elle existe, tourne à vide, étouffée par un manque criant de ressources et de vision.

La corruption et le détournement des fonds publics : les racines du mal

La croissance exponentielle de la mendicité n’est pas un hasard. Elle est le résultat direct des dysfonctionnements profonds d’un État en crise.

  • Un système éducatif en lambeaux : L’absence de scolarisation obligatoire et gratuite de qualité force les familles pauvres à sacrifier l’avenir de leurs enfants sur l’autel de la survie. Les écoles publiques, sous-équipées et sous-payées, ne peuvent rivaliser avec l’attrait de la rue.
  • L’opacité des médersas, terrain fertile pour l’exploitation : Les écoles coraniques, souvent dirigées par des maîtres peu scrupuleux, utilisent les enfants comme force de travail pour la mendicité forcée. Les autorités ferment les yeux, craignant des représailles communautaires ou des conflits religieux, et laissent prospérer cette pratique illégale.
  • Des budgets détournés au mépris des plus vulnérables : Les fonds alloués à la protection sociale et à la lutte contre la pauvreté sont systématiquement sous-estimés ou détournés. Les dépenses sécuritaires, en revanche, absorbent l’essentiel des ressources de l’État, reléguant les questions sociales au second plan.
  • Une corruption endémique qui asphyxie les aides : Les programmes d’aide humanitaire, qu’ils soient nationaux ou internationaux, sont régulièrement sabotés par des intermédiaires véreux. Les bénéficiaires finaux n’en voient souvent que des miettes, quand ils en voient.

La mendicité, un danger qui dépasse le social

Derrière les visages des mendiants se profile une menace bien plus large. La jeunesse malienne, livrée à la précarité, à l’analphabétisme et aux abus, devient une proie idéale pour les groupes criminels et les organisations terroristes qui infestent la région. Sans une intervention urgente et radicale, la situation pourrait basculer dans un cercle vicieux où la criminalité et la désespérance alimentent réciproquement leurs forces.

Les autorités maliennes, en fermant les yeux sur l’ampleur du désastre, jouent un jeu dangereux. La mendicité n’est pas qu’un problème d’image ou de propreté urbaine. C’est le symptôme visible d’un État en faillite, incapable de garantir la sécurité, l’éducation ou la dignité de ses citoyens. Sans une refonte totale des politiques sociales, sans une volonté politique réelle de rompre avec les pratiques corruptrices et sans des moyens financiers à la hauteur des enjeux, le Mali risque de s’enfoncer dans une crise dont les conséquences seront irréversibles.

Le contrat social brisé : une jeunesse sacrifiée

La mendicité à Bamako n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un État qui a failli à sa mission première : protéger. Les enfants qui errent dans les rues, les familles qui survivent dans la misère et les adultes abandonnés à leur sort sont autant de témoignages d’un contrat social rompu. Sans une réponse forte et immédiate, le Mali pourrait perdre une génération entière, condamnée à vivre aux marges d’une société qui l’a abandonnée.

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