Mali : la Tabaski 2026 sous le joug du blocus jihadiste du JNIM
À l’approche de la Tabaski 2026, prévue le 27 mai, Bamako fait face à une crise sans précédent. Le blocus imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, étouffe progressivement la capitale malienne. Depuis fin avril, les principaux axes routiers menant vers les régions productrices et les pays voisins comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie sont verrouillés. Résultat : les convois de moutons, de denrées alimentaires et de carburant peinent à atteindre les marchés de la ville, plongeant les familles maliennes dans une situation économique délicate.
Des routes commerciales sous haute tension
Les combattants du JNIM ciblent sans relâche les camions en provenance du sud et de l’ouest du pays, ainsi que ceux en provenance des frontières. Des dizaines de véhicules ont été réduits en cendres sur les axes stratégiques, dissuadant transporteurs et commerçants d’emprunter ces routes sans protection militaire. Bien que l’armée malienne escorte certains convois jugés prioritaires, le rythme des livraisons a drastiquement chuté. Cette tactique marque un tournant : le JNIM, historiquement actif dans les zones rurales, étend désormais son influence aux artères vitales de Bamako.
En ciblant les axes logistiques, le groupe exerce une pression directe sur le pouvoir d’achat des habitants et la crédibilité des autorités de transition. Ces dernières peinent à assurer la libre circulation des biens, un défi qui fragilise la stabilité sociale et économique de la capitale.
Le mouton de la Tabaski, symbole d’une économie à bout de souffle
Les marchés à bétail de Bamako affichent un visage bien différent de celui des années précédentes. Les enclos sont presque vides, les éleveurs évitant de prendre le risque de parcourir les routes dangereuses. Les prix ont explosé, rendant l’achat d’un mouton de sacrifice inaccessible pour de nombreux Maliennes et Maliens. Pour honorer la tradition, beaucoup n’ont d’autre choix que de se tourner vers des systèmes de crédit informel ou des cotisations entre proches.
L’inflation ne s’arrête pas là. Les denrées de base comme l’huile, le sucre et les épices, traditionnellement consommées pendant la fête, voient leurs prix flamber. Cette hausse des coûts s’ajoute à un pouvoir d’achat déjà affaibli par des années de sanctions régionales, le retrait des partenaires occidentaux et une réallocation des budgets vers les dépenses militaires. Les ménages modestes, majoritaires dans la capitale, doivent réduire leurs dépenses, partager les achats ou renoncer à certaines festivités.
Électricité et carburant : les deux autres fronts de la crise
La Société Énergie du Mali (EDM-SA) fait face à une pénurie chronique d’électricité. Les délestages, pouvant aller jusqu’à plus de douze heures consécutives, compliquent la conservation de la viande après l’abattage et perturbent le quotidien des petits commerçants. Les files d’attente interminables devant les stations-service et la hausse des prix du carburant sur le marché noir aggravent la situation. Sans carburant, les transports urbains, les livraisons et même les groupes électrogènes des commerces et hôpitaux sont paralysés. Malgré les annonces rassurantes des autorités, les solutions tardent à se matérialiser.
Un défi majeur pour les autorités de transition
Pour le gouvernement malien, la Tabaski 2026 représente un test de légitimité. La capacité à sécuriser les corridors d’approvisionnement devient un enjeu de souveraineté et de cohésion sociale. Des observateurs soulignent que cette stratégie d’asphyxie économique rappelle les tactiques utilisées au Burkina Faso voisin, où des villes comme Djibo subissent des blocus similaires depuis des mois.
Cette édition de la Tabaski se déroulera dans une atmosphère bien moins festive que les années précédentes. Au-delà du symbole religieux, c’est la capacité de Bamako à résister à une guerre asymétrique qui se joue dans les marchés et les stations-service. La fête, traditionnellement marquée par les retrouvailles familiales et le partage, risque d’être teintée de privations et de tensions.