Mali : durcissement contre la société civile et liberté d’association

Le Mali restreint drastiquement les libertés associatives : une tendance inquiétante

Le Mali, dirigé par une junte militaire depuis 2021, durcit son emprise sur la société civile en multipliant les dissolutions d’associations et d’organisations. L’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM) en fait les frais, accusée de violences et affrontements dans le milieu éducatif. Selon les autorités, des membres de cette association auraient été arrêtés en 2017 et 2018 en possession d’armes, de stupéfiants et de fonds illicites.

Cette décision s’inscrit dans une série de mesures répressives : depuis décembre 2023, quatre structures ont été dissoutes en moins de quatre mois. Parmi elles, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko, interdite pour avoir appelé à un retour à un régime démocratique civil, qualifiée de menace pour la sécurité publique. D’autres dissolutions ont visé le parti Kaoural Renouveau, critiqué pour ses propos diffamatoires, et l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, reprochant à son président des déclarations troublant l’ordre public.

Une répression étendue à tous les secteurs critiques

Depuis le coup d’État de 2021, les autorités maliennes ont radicalement restreint les libertés d’expression, de réunion et d’association. Les médias indépendants, les partis d’opposition et les leaders religieux sont particulièrement ciblés. En mars 2024, le colonel Alpha Yaya Sangaré, auteur d’un livre dénonçant les exactions des forces armées, a été enlevé par les autorités. Ces agissements soulèvent de vives inquiétudes quant au respect des droits humains au Mali.

La Commission nationale des droits de l’homme du Mali a alerté sur la menace systémique pesant sur les droits civiques et politiques, dénonçant une tendance récurrente à dissoudre ou suspendre des organisations. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a également exprimé ses craintes, soulignant l’urgence de préserver un espace civique viable.

Un espace civique en voie de disparition

Près de trois ans après le putsch militaire, le Mali traverse une phase de restrictions sans précédent. Les citoyens et les défenseurs des droits peinent à exercer leurs libertés fondamentales. Les dissolutions arbitraires, les arrestations et les pressions sur les médias réduisent à néant les possibilités de débat démocratique. Pourtant, un espace civique dynamique est essentiel pour une gouvernance transparente et responsable.

Les organisations internationales appellent les autorités maliennes à lever immédiatement les interdictions et à garantir le respect des droits humains. Sans cette ouverture, le pays risque de s’enfoncer dans un isolement politique et social encore plus prononcé.