L’impunité persistante face au décès d’enfants sous le régime togolais
Chaque année, la célébration de la Journée de l’enfant africain est l’occasion pour les autorités du Togo de multiplier les déclarations solennelles et les promesses d’un avenir meilleur. Pourtant, derrière cette rhétorique officielle centrée sur le bien-être social, la réalité du terrain demeure implacable. Pour maintenir son autorité, le pouvoir en place à Lomé a régulièrement recours à une répression armée qui n’épargne pas les mineurs. Entre enquêtes disparues et engagements non tenus, le bilan humain s’alourdit dans l’indifférence institutionnelle.
De l’idéal de Soweto à la répression de Lomé
Instituée en mémoire du soulèvement des élèves de Soweto en 1976, la Journée de l’enfant africain symbolise la lutte pour des droits fondamentaux. Au Togo, ce symbole semble s’être mué en un rappel douloureux des violences subies par la jeunesse. La protection de l’enfance, au-delà des discours, nécessite des infrastructures dignes. Or, dans les centres de santé nationaux, le manque de moyens contraint encore des mères à accoucher dans des conditions précaires, mettant en péril la vie des nouveau-nés dès leurs premiers instants.
Parallèlement, toute velléité de contestation face à ces manquements est systématiquement étouffée. Les forces de sécurité ont, à plusieurs reprises, fait usage de tirs à balles réelles contre des jeunes, qu’ils soient manifestants ou simples passants. Ces tragédies répétées viennent contredire les engagements pris par le pays devant les instances internationales.
Le dossier classé de Jacques Koutoglo
Le cas de Jacques Koutoglo, un collégien de 15 ans, illustre cette quête de justice infructueuse. En juin 2025, lors de mouvements de contestation à Lomé, l’adolescent a perdu la vie après avoir été violemment pris à partie, puis retrouvé dans la lagune de Bè. Alors qu’il ne participait pas aux défilés mais cherchait simplement de quoi se nourrir, sa disparition a suscité une vive émotion.
Initialement, les autorités, par la voix du ministre des Droits de l’homme de l’époque, Pacôme Adjourouvi, avaient évoqué une noyade accidentelle avant de promettre une investigation officielle. Cependant, le départ du ministre de ses fonctions a laissé ce dossier sans suite. Aujourd’hui, la famille reste privée de réponses et s’est même vu refuser l’organisation d’une cérémonie religieuse en sa mémoire, renforçant un sentiment d’injustice profond.
Joseph Zoumekey et Rachad Maman : des victimes oubliées
En 2017, la violence d’État avait déjà frappé le jeune Joseph Zoumekey, âgé de 13 ans. Alors qu’il effectuait une course pour sa famille dans le quartier de Bè-Kpota, il a été mortellement atteint par un tir. Si des expertises indépendantes ont formellement établi que le décès résultait d’une arme à feu, contredisant les versions initiales, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée par le gouvernement de Faure Gnassingbé.
La même année, à Bafilo, Rachad Maman, 14 ans, a subi un sort similaire alors qu’il accompagnait son père lors d’une marche pour des réformes démocratiques. Malgré une mobilisation internationale d’envergure et des pétitions signées par des milliers de citoyens exigeant la vérité, le silence des autorités est resté total. Les auteurs de ces tirs n’ont jamais été inquiétés.
Une douleur partagée du nord au sud
La répression ne se limite pas à la capitale. Dans le nord du pays, à Dapaong, les noms d’Anselme Sinandaré (12 ans) et de Douti Sinalengue (21 ans) sont gravés dans les mémoires. En 2012, ces deux jeunes ont été abattus alors qu’ils réclamaient pacifiquement le retour des enseignants dans leurs salles de classe. Plus de dix ans après les faits, l’identité des tireurs au sein des forces de l’ordre n’a toujours pas été révélée officiellement.
Le Togo a pourtant ratifié, le 5 mai 1998, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance. En laissant ces crimes impunis, le pouvoir de Lomé semble privilégier sa survie politique au détriment des traités internationaux et de la vie de ses propres enfants. Cette culture de l’impunité, qui traverse les décennies, prive de nombreuses familles de tout espoir de réparation et sacrifie l’avenir de la nation.