Le Trésor camerounais face aux défis du financement domestique

Le Trésor public du Cameroun a mobilisé la somme considérable de 800,7 milliards de FCFA sur le marché intérieur au cours du premier semestre 2026, ce qui équivaut à environ 1,4 milliard de dollars américains. Cette information, dévoilée le 27 juillet 2026 par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’entité chargée de la gestion de la dette souveraine camerounaise, révèle un montant significatif pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cependant, cette performance traduit également un réajustement notable dans la stratégie de financement domestique adoptée par Yaoundé.
Un rythme d’émission en repli sur le marché intérieur
En comparaison avec les 1 525,9 milliards de FCFA levés sur l’ensemble de l’exercice 2025, le volume collecté en six mois suggère un ralentissement perceptible du recours au marché domestique. Si cette tendance semestrielle se maintenait, l’État camerounais clôturerait l’année avec environ 1 600 milliards de FCFA. Bien que ce niveau soit comparable à celui de 2025, il contraste avec les prévisions de croissance qui prévalaient jusqu’à présent. Concrètement, la cadence des adjudications de titres publics – comprenant les bons du Trésor assimilables (BTA) et les obligations du Trésor assimilables (OTA) – semble avoir été révisée à la baisse, ou avoir fait face à une demande plus exigeante de la part des investisseurs régionaux.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette décélération. La liquidité bancaire au sein de la zone CEMAC, qui dépend structurellement des dépôts pétroliers et des réserves de change gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), reste vulnérable aux fluctuations des revenus liés aux hydrocarbures. De surcroît, la multiplication des émissions souveraines concurrentes, notamment celles du Gabon, du Tchad et de la Congo-Brazzaville, exerce une pression accrue sur les capacités d’absorption des banques primaires, qui sont les principaux souscripteurs des titres publics de la sous-région.
Stratégie de financement contrainte par le contexte régional
La diminution du volume mobilisé s’inscrit également dans un contexte où les autorités camerounaises s’efforcent de maîtriser le coût du service de la dette intérieure. Les taux d’intérêt appliqués aux récentes émissions de la CEMAC ont eu tendance à augmenter, reflétant à la fois la politique monétaire restrictive de la BEAC et la prime de risque exigée par les souscripteurs. Pour le Trésor, trouver un équilibre entre le volume des fonds levés et le coût pondéré représente un défi délicat, d’autant plus que la maturité moyenne des titres émis impacte le profil de refinancement pour les années à venir.
La CAA, dans son suivi mensuel, analyse traditionnellement les besoins de trésorerie liés à l’exécution budgétaire, les échéances de la dette et les ressources effectivement mobilisées. Le fait que le Cameroun demeure la première économie de la CEMAC lui confère un statut d’émetteur de référence sur le marché des titres publics. Ce statut implique également une responsabilité particulière quant au signal envoyé aux investisseurs. Un ralentissement maîtrisé peut être perçu comme une gestion prudente, tandis qu’un recul subi alimenterait les inquiétudes concernant la soutenabilité budgétaire.
Perspectives pour le second semestre : les enjeux
Le calendrier des adjudications du second semestre sera déterminant pour évaluer la trajectoire de l’endettement intérieur. Les opérations futures devront prendre en compte les échéances de remboursement à honorer et les besoins de financement du programme d’investissement public, notamment dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie. Le ministère des Finances, sous la direction de Louis Paul Motaze, a par le passé privilégié une approche combinant le marché intérieur et les concours extérieurs, incluant les tirages auprès de partenaires multilatéraux tels que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Cependant, la question de la profondeur du marché sous-régional demeure entière. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) peine encore à attirer des flux comparables à ceux observés sur des places financières comme la BRVM en Afrique de l’Ouest. Dans ce cadre, la capacité du Trésor camerounais à diversifier sa base d’investisseurs, en attirant notamment des fonds panafricains ou des institutions non bancaires, sera cruciale pour le succès de ses futures levées de fonds. Les six prochains mois constitueront un test grandeur nature pour la stratégie de financement domestique de Yaoundé.