Le Nigeria confirme son appui à la RASD : un coup de frein aux ambitions marocaines autour du gazoduc
La réaffirmation par le Nigeria de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dépasse le cadre d’un simple geste diplomatique. En renouvelant officiellement son engagement envers les principes fondamentaux que sont l’autodétermination des peuples, la décolonisation et le respect des frontières héritées de l’ère coloniale, Abuja lance un signal politique puissant. Ce dernier vient directement contredire les arguments de Rabat, qui s’efforce de présenter le dossier du Sahara Occidental comme une question définitivement close.
La visite récente à Abuja de Mohamed Yeslem Beissat, l’envoyé spécial du président sahraoui, porteur d’un message de Brahim Ghali à son homologue nigérian Bola Ahmed Tinubu, s’inscrit dans une dynamique diplomatique particulièrement favorable à la RASD. Les discussions avec les autorités nigérianes ont mis en lumière la robustesse des liens bilatéraux et la volonté partagée de consolider leur coopération. Elles ont également réitéré l’attachement aux principes fondateurs de l’Union africaine, qui érigent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en pilier central de l’organisation continentale.
Cette prise de position revêt une importance capitale, notamment au regard des aspirations régionales jugées illusoires par Rabat. Depuis plusieurs années, les autorités marocaines mettent en avant le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, le présentant comme le symbole d’un partenariat stratégique destiné à remodeler le paysage énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Pourtant, la confirmation par Abuja de son soutien historique à la RASD démontre clairement que le développement d’une coopération économique présumée avec le Maroc n’a jamais entraîné un alignement politique sur la question du Sahara Occidental.
Cette clarification désamorce le discours marocain qui tend à présenter ce mégaprojet gazier comme l’expression d’une convergence politique globale avec le Nigeria. Bien que le projet soit régulièrement évoqué lors de déclarations officielles, son coût astronomique, les défis sécuritaires inhérents, les difficultés de financement et la longueur exceptionnelle de son tracé suscitent depuis longtemps des doutes quant à sa concrétisation réelle. Dans ce contexte, le maintien sans équivoque de la reconnaissance nigériane de la RASD constitue un démenti cinglant aux analyses qui annonçaient un basculement diplomatique d’Abuja en faveur de Rabat.
Au-delà du cas nigérian, la diplomatie sahraouie continue de renforcer ses positions sur le continent africain. En tant que membre fondateur de l’Union africaine, la RASD mène une activité diplomatique intense auprès des États membres. L’objectif est de préserver le consensus africain en faveur de la décolonisation du Sahara Occidental et de la relance du processus politique sous l’égide des Nations unies. Les récents échanges avec diverses capitales africaines attestent d’une volonté de consolider les partenariats traditionnels et de rappeler que la question sahraouie demeure, pour une grande partie de l’Afrique, une problématique de décolonisation inachevée relevant du droit international.