Le football, ciment d’une nation congolaise indivisible
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Le football, ciment d’une nation congolaise indivisible

En portant les Léopards jusqu’aux seizièmes de finale de la Coupe du monde (au minimum), la République démocratique du Congo ne célèbre pas seulement une performance sportive. Elle révèle aussi une ambition politique : faire du football un facteur d’unité nationale et un symbole du retour de l’État. Une stratégie assumée par le président Félix Tshisekedi depuis plusieurs années.

En portant les Léopards jusqu’aux seizièmes de finale de la Coupe du monde (au minimum), la République démocratique du Congo ne célèbre pas seulement une performance sportive. Elle révèle aussi une ambition politique : faire du football un facteur d’unité nationale et un symbole du retour de l’État. Une stratégie assumée par le président Félix Tshisekedi depuis plusieurs années.

Les images feront date. De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Mbuji-Mayi, mais aussi dans les villes meurtries de l’Est, les Congolais sont descendus dans les rues pour célébrer la qualification historique des Léopards, le 28 juin dernier, parmi les meilleures nations de la Coupe du monde. Pendant quelques heures, les fractures politiques, régionales ou communautaires se sont effacées derrière un même drapeau.

Dans un pays longtemps résumé à ses crises sécuritaires, cette épopée sportive raconte une autre histoire : celle d’une nation qui retrouve confiance en elle. Le football n’explique évidemment pas tout. Mais il agit comme un révélateur. Derrière les performances des Léopards se dessine une volonté plus profonde : reconstruire une fierté nationale dans un pays confronté depuis des décennies à la guerre, aux divisions et aux convoitises extérieures.

Une vision affichée par le président au discours à la Nation, en décembre

Cette lecture n’est pas le fruit du hasard. Dans son discours à la Nation du 9 décembre, Félix Tshisekedi consacrait un passage entier au sport. Il saluait les performances des athlètes congolais, rappelait la qualification des Léopards et affirmait que « chaque victoire, chaque drapeau hissé, construit notre fierté, notre identité nationale et le socle immatériel de notre unité ».

Cette phrase résume à elle seule une vision politique. Pour le chef de l’État, le football n’est pas uniquement un spectacle populaire. Il participe de la cohésion nationale. Il rappelle qu’au-delà des tensions, il existe une communauté de destin congolaise.

Dans le même discours, Félix Tshisekedi insistait d’ailleurs sur une idée centrale : la République démocratique du Congo demeure « une et indivisible », malgré les agressions extérieures, les groupes armés et les tentatives de fragmentation du territoire. À cet égard, chaque succès des Léopards apparaît comme une démonstration symbolique de cette unité retrouvée.

Le sport comme instrument de souveraineté

Depuis plusieurs années, le pouvoir congolais multiplie les initiatives pour redonner une place stratégique au sport. Organisation de grands événements continentaux, réforme de la gouvernance sportive, soutien affiché aux sélections nationales, mise en avant des athlètes : autant d’actions qui traduisent une conviction simple. Le rayonnement d’un pays passe aussi par ses succès sportifs.

L’arrivée récente de Véron Mosengo-Omba à la tête de la FECOFA et la nomination d’Amadou Diaby comme premier vice-président s’inscrivent dans cette dynamique. Tous deux défendent une vision moderne du football, où performance sportive, professionnalisation et image internationale vont de pair. Cette nouvelle gouvernance accompagne une génération de joueurs qui, enfin, transforme l’immense potentiel du football congolais en résultats.

Une popularité immense : « Fatshi béton »

Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires à l’Est et les profondes transformations engagées par les autorités, cette réussite sportive offre également au président Tshisekedi un puissant symbole politique. Non parce qu’il serait l’artisan direct des victoires des Léopards, qui reviennent avant tout aux joueurs, au sélectionneur et à l’encadrement. Mais parce qu’il a constamment choisi de faire du sport un levier de cohésion nationale.

Premier supporter de la sélection, multipliant les messages d’encouragement, le chef de l’État accompagne cette aventure sportive comme il accompagne un récit plus large : celui d’une République démocratique du Congo qui entend reprendre confiance en son avenir. Le slogan populaire « Fatshi béton » (Fatshi étant le diminutif de Félix Tshisekedi et le béton étant considéré comme un matériau inébranlable) traduit d’ailleurs cette proximité entretenue avec une partie de l’opinion, au-delà des clivages politiques.

Le révélateur d’une nouvelle RDC

En RDC, un constat revient régulièrement chez les responsables politiques et économiques : le pays cherche désormais à changer de récit. Longtemps présenté uniquement sous l’angle des conflits ou de l’exploitation de ses ressources, il veut désormais être identifié à sa stabilité retrouvée, à ses réformes, à son potentiel économique et à son influence régionale. Les Léopards offrent aujourd’hui une vitrine exceptionnelle à cette ambition.

Le football ne résoudra ni les défis sécuritaires ni les immenses enjeux de développement auxquels la RDC reste confrontée. Mais il rappelle une vérité essentielle : lorsqu’un peuple entier célèbre une même équipe, lorsqu’une victoire rassemble de Kinshasa jusqu’aux territoires les plus éprouvés de l’Est, c’est toute une nation qui affirme son existence.