Le conseil constitutionnel camerounais peut-il survivre à la disparition d’Atangana ?
La fin d’une ère judiciaire : Clément Atangana s’éteint à 85 ans
À Paris, sous le ciel d’automne, une figure majeure de la justice camerounaise a rendu son dernier souffle. Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel du Cameroun, a quitté ce monde ce 4 octobre 2026, après avoir lutté contre la maladie. Né le 20 décembre 1941 à Ekoumeyeck, dans la région du Nyong-et-So’o, son parcours illustre plus de cinq décennies au service des institutions judiciaires. Mais c’est surtout pour son rôle à la tête du Conseil constitutionnel, où son autorité a marqué l’histoire récente des élections camerounaises, que son nom restera gravé dans les mémoires.
Une institution sous le feu des projecteurs politiques
Pendant huit ans, entre 2018 et 2026, Clément Atangana a incarné une juridiction souvent au cœur des tensions électorales. En 2018, puis à nouveau en 2025, le Conseil constitutionnel a été saisi par les candidats de l’opposition, Maurice Kamto et Issa Tchiroma Bakary, contestant les résultats officiels des scrutins présidentiels. Pourtant, aucune requête n’a abouti, alimentant les débats sur l’indépendance de cette institution. Le magistrat, dont la voix grave résonnait dans les salles d’audience, a systématiquement balayé les contestations, scellant des décisions avec un marteau devenu symbole d’une justice controversée.
Un legs politique et juridique sous surveillance
Clément Atangana n’était pas un inconnu dans le paysage judiciaire camerounais avant de présider le Conseil constitutionnel. Son ascension, marquée par des postes clés – juge d’instruction, président de tribunaux, procureur général, puis président de la Cour d’appel du Centre et de la Chambre administrative de la Cour suprême –, a fait de lui un pilier de la magistrature. Avant de prendre sa retraite en 2014, il avait accumulé des décennies d’expérience, couronnées par une nomination en 2018 pour diriger la plus haute juridiction électorale du pays. Mais son héritage est désormais entaché par les critiques récurrentes sur le manque de neutralité de l’institution qu’il a dirigée.
Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux après la présidentielle de 2025, ses propos ont alimenté les polémiques : « Je suis content que vous vous réjouissiez à la fois pour la victoire de votre candidat et pour le travail effectué par votre père », avait-il lancé, une phrase qui a résonné comme un aveu de partialité aux yeux de ses détracteurs. Accusé à tort ou à raison de servir les intérêts du régime, le Conseil constitutionnel n’a jamais validé une seule requête de l’opposition sous sa direction, renforçant l’image d’une justice à la solde du pouvoir.
Un vide institutionnel à combler : quelles conséquences pour le Cameroun ?
Avec la disparition de Clément Atangana, le Conseil constitutionnel camerounais se retrouve désormais orphelin de son président historique. Une vacance qui arrive à un moment où la légitimité des élections est plus que jamais questionnée. Le président de la République du Cameroun aura la lourde tâche de nommer un successeur, dans un contexte où la confiance dans les institutions judiciaires est fragile. Les Camerounais attendent désormais de savoir si ce nouveau magistrat parviendra à incarner une justice indépendante, dans un pays où les scrutins sont régulièrement contestés.
Les défis sont immenses : restaurer la crédibilité du Conseil constitutionnel, apaiser les tensions politiques nées des contestations électorales, et prouver que la justice camerounaise peut s’affranchir des pressions extérieures. Dans l’histoire du Cameroun, une chose est certaine : l’ère Atangana a marqué le début d’une période où la question de l’indépendance de la justice électorale est plus que jamais au centre des débats.
La mort de Clément Atangana n’est pas seulement celle d’un homme. C’est aussi celle d’une institution qui doit, aujourd’hui, se réinventer pour survivre aux critiques et aux attentes de tout un peuple.
