Le capitaine traoré rejette la démocratie au Burkina Faso et défend son modèle révolutionnaire
Portrait du capitaine Ibrahim Traoré en tenue militaire beige et béret rouge

Le Burkina Faso doit « tourner la page » de la démocratie, a affirmé le jeune officier lors d’une intervention télévisée. Ibrahim Traoré, qui dirige le pays depuis trois ans, a clairement indiqué que ce système politique n’était « pas adapté » à la réalité burkinabè.

Lors de cette allocution diffusée en soirée, le capitaine Traoré a été catégorique : « Les citoyens doivent oublier la démocratie. Ce modèle ne nous convient pas. » Il a par ailleurs souligné que la majorité des Africains ne désiraient pas ce système, privilégiant une voie alternative propre au Burkina Faso.

une promesse de transition reportée

En 2023, lors de sa prise de pouvoir, le capitaine Traoré s’était engagé à restaurer l’ordre démocratique d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette date butoir, la junte a décidé de prolonger son mandat de cinq années supplémentaires.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de restrictions politiques accrues. En début d’année, les autorités ont dissous l’ensemble des formations politiques, justifiant cette mesure par la nécessité de « reconstruire l’État » et d’éliminer les divisions apparentes.

la Libye, un exemple controversé

Pour étayer ses propos, le chef de l’État a cité le cas libyen comme référence. « Regardez ce qui s’est passé en Libye », a-t-il déclaré, évoquant le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi qui, malgré sa brutalité, avait mis en place des politiques sociales ambitieuses.

Selon Traoré, la chute de Kadhafi, soutenue par une intervention occidentale, a plongé le pays dans le chaos. Depuis, la Libye est plongée dans une instabilité chronique, sans élections organisées et divisée entre factions rivales.

Pour le dirigeant burkinabè, cette situation illustre les dangers de l’ingérence étrangère et l’échec des modèles démocratiques imposés de l’extérieur.

un système politique jugé « corrompu »

Traoré n’a pas mâché ses mots pour décrire le paysage politique burkinabè. « En Afrique, et particulièrement au Burkina Faso, un vrai homme politique incarne tous les travers : menteur, flagorneur, manipulateur », a-t-il dénoncé.

Il a expliqué que la dissolution des partis politiques s’inscrivait dans une volonté de rompre avec ce système qu’il juge « dangereux » et « incompatible » avec son projet révolutionnaire. « Nous avons notre propre approche. Nous ne cherchons pas à copier qui que ce soit. Notre objectif est de tout transformer », a-t-il martelé.

souveraineté et mobilisation citoyenne

Le capitaine Traoré a détaillé sa vision d’un nouveau modèle fondé sur trois piliers : la souveraineté, le patriotisme et l’engagement révolutionnaire. Il mise sur une participation active des chefs traditionnels et des structures locales pour bâtir ce projet.

Il a également insisté sur la nécessité d’une autonomie économique et militaire, estimant que des journées de travail de six à huit heures ne suffiraient pas à combler le retard du Burkina Faso face aux nations plus prospères.

répression et soutien populaire

Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a mené une politique de fermeté envers l’opposition, les médias et la société civile. Des détracteurs ont même été envoyés en première ligne face aux groupes armés islamistes, une pratique dénoncée par plusieurs observateurs.

Malgré cette gestion autoritaire, le capitaine Traoré bénéficie d’un soutien croissant sur le continent africain. Sa rhétorique anti-impérialiste et sa critique de l’influence occidentale séduisent une partie de l’opinion publique.

alliance avec Moscou et tensions persistantes

Comme ses voisins malien et nigérien, le Burkina Faso a rompu ses liens militaires avec les puissances occidentales, notamment la France, dans la lutte contre le terrorisme. Ces trois pays se tournent désormais vers la Russie pour obtenir un appui sécuritaire.

Cependant, les violences perpétrées par les groupes armés islamistes ne faiblissent pas. Jeudi, un bilan accablant a été révélé : plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir en 2023.

Le rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme attribue les deux tiers de ces victimes aux forces armées burkinabè et à leurs milices alliées, le reste étant imputé aux groupes jihadistes.