La RDC face au débat sur un troisième mandat pour Félix Tshisekedi
Le président de la RDC, Félix Tshisekedi, s'adressant à la Nation en juin 2026.

Le suspense est levé en République Démocratique du Congo (RDC) concernant une potentielle réforme constitutionnelle. La Cour constitutionnelle a récemment validé la loi organisant le référendum, ouvrant ainsi la voie à une décision cruciale pour l’avenir politique du pays.

Cette décision juridique a ravivé un débat déjà vif au sein de la classe politique congolaise. L’opposition exprime de sérieuses inquiétudes, craignant que cette loi ne soit un prélude à une modification de la Constitution, permettant au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Le camp présidentiel, quant à lui, réfute catégoriquement cette interprétation, affirmant que la réforme viserait uniquement à optimiser le fonctionnement des institutions de la RDC.

Félix Tshisekedi, 63 ans, est à la tête de la RDC depuis 2019 et son second mandat doit s’achever fin 2028. La Constitution congolaise actuelle est explicite : le nombre et la durée des mandats présidentiels sont inaltérables. Cependant, lors d’une conférence de presse en mai, le président avait déclaré ne pas avoir «sollicité de troisième mandat», tout en ajoutant que «si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai».

L’opposition mobilisée contre un troisième mandat

Une étape décisive a été franchie. Le président Félix Tshisekedi dispose désormais de la latitude nécessaire pour promulguer la loi référendaire, après son adoption par l’Assemblée nationale et sa validation par le Sénat, puis par la Cour constitutionnelle.

Cette avancée a galvanisé l’opposition, qui se dresse fermement contre toute révision constitutionnelle. Pour elle, la promulgation de cette loi pourrait effectivement réinitialiser le compteur des mandats du président, lui permettant ainsi de se présenter pour un troisième mandat. Cette perspective est jugée inacceptable par l’opposition, qui se mobilise activement depuis plusieurs semaines pour contrecarrer toute tentative de modification de la Constitution. Bien que le gouvernement congolais n’ait pas explicitement justifié la méfiance de l’opposition, les propos passés de Félix Tshisekedi sur un potentiel troisième mandat, si le peuple le demandait, alimentent les craintes.

L’Église catholique congolaise s’oppose également

L’Église catholique, institution très influente en RDC, a également exprimé son désaccord face à tout changement constitutionnel. La Conférence Épiscopale Nationale du Congo (Cenco), regroupant les évêques de toutes les provinces, a publié une position sans équivoque sur les projets de modification de la Constitution. Les prélats congolais ont déclaré avec fermeté ne voir «ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de modifier la Constitution». Ce désaveu rappelle la constance de l’Église, qui avait déjà joué un rôle clé en 2018, inspirant des manifestations pour dissuader l’ancien président Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. Face à la pression populaire et internationale, Joseph Kabila avait alors renoncé à ses ambitions.

Quel avenir pour le dialogue politique en RDC ?

Le débat autour de la Constitution pourrait être un sujet central du dialogue politique envisagé dans les semaines à venir. Cependant, de nombreuses incertitudes subsistent quant à la nature et à l’inclusivité de ce dialogue.

Le président Félix Tshisekedi a confié aux confessions religieuses la tâche d’organiser ce dialogue politique, mais ses modalités restent à définir. La question de l’inclusion de tous les acteurs de la crise congolaise, y compris l’ancien président Joseph Kabila, demeure ouverte. Les points de vue divergent également sur les thèmes à aborder : le gouvernement privilégie la cohésion nationale face à l’agression rwandaise, tandis que l’opposition insiste sur le débat constitutionnel. Le chef de l’État aurait la volonté d’aborder «toutes les questions d’intérêt national», ce qui laisserait entendre que la Constitution ne serait pas un sujet tabou. Néanmoins, il est crucial d’éviter les écueils habituels de tels exercices, souvent utilisés par les pouvoirs en place pour affaiblir les oppositions par le biais d’un énième partage du pouvoir.